samedi 6 avril 2024

Vivre avec le génocide

Chaque jour depuis six mois, environ 200 enfants, femmes et hommes palestiniens (en moyenne) sont tués par l'armée israélienne à Gaza.

Chaque jour depuis six mois, des maisons, des écoles, des hôpitaux, des ambulances, des universités, des usines, des boulangeries, des magasins, des marchés et des terres agricoles sont bombardés, brûlés ou pillés.

La mort plane sur Gaza comme un nuage sombre, comme un monstre légendaire. Nous la regardons, nous vivons avec elle, nous recevons sur nos écrans les images et les cris de ses victimes. Les atrocités, l'agonie et les larmes deviennent des notifications sur nos réseaux sociaux et des nouvelles que nous regardons en buvant un café, en travaillant, en faisant nos courses ou en attendant le beau temps.

C'est comme si nous nous étions habitués à assister en direct à un génocide à quelques heures de chez nous. Comme si ce que nous voyons était annoncé, un déjà-vu. Et même si nous en sommes conscients et accablés, tout ce que nous pouvons parfois faire c’est de retarder le démarrage de nos ordinateurs ou d'éteindre nos téléphones portables, pour interrompre la diffusion des massacres en cours.

vendredi 5 avril 2024

Living with Genocide

Every day for the past six months, an average of 200 Palestinian men, women and children have been killed by the Israeli army in Gaza.

Every day for the past six months, homes, schools, hospitals, ambulances, universities, factories, bakeries, shops, markets and farmland have been bombed, burned or looted.

Death hangs over Gaza like a dark cloud, like a legendary monster. We see it, we live with it, we receive on our screens the images and the cries of its victims. The atrocities, the agony and the tears become notifications on our social networks and news that we watch while drinking coffee, working, shopping or waiting for good weather.

It's as if we've become accustomed to witnessing live genocide just a few hours from home. It's as if what we're seeing is a foretaste, a déjà vu. And even though we're aware of it and overwhelmed by it, sometimes all we can do is delay starting our computers or turn off our cell phones to interrupt the broadcast of the massacres in progress.

mardi 2 avril 2024

«Zone d'intérêt» entre la Palestine, la Syrie et la condition humaine

Le film Zone d'intérêt du réalisateur britannique Jonathan Glazer, lauréat de l'Oscar de cette année, a suscité une vive controverse parmi les écrivains et les professionnels de la culture et du cinéma en Grande-Bretagne et aux États-Unis. Non en raison de son contenu, de sa cinématographie ou de la construction de ses personnages, mais à cause des propos tenus par son réalisateur dans son discours à la cérémonie des Oscars.

Glazer a déclaré que la compréhension de son film ne se réduit pas seulement au traitement du passé ou des atrocités historiques, mais s’inscrit aussi dans le contexte de ce qui se passe à Gaza aujourd'hui. Il a exprimé son rejet de l’instrumentalisation de l' « Holocauste » pour justifier les guerres en cours, la déshumanisation et la perpétration de crimes.

En réponse à son discours, plus d'un millier de personnalités du cinéma s'identifiant comme juives ont rejeté l’analogie qu'il aurait – selon elles - faite entre l'Holocauste et la guerre en Palestine depuis le 7 octobre 2023.

Par ailleurs, des intellectuels et des organisations juives progressistes ont défendu Glazer, estimant que le refus de confronter le passé au présent et la confiscation de la mémoire de l'« Holocauste » ne sont rien d'autre que des tentatives de dissimulation des crimes et de la « guerre génocidaire » menée par Israël contre les Palestiniens.

Naomi Klein, journaliste et universitaire féministe canadienne, a écrit un article percutant dans The Guardian dans lequel elle évoque l'habituation des gens à vivre près du génocide dont ils savent qu’il est en train de se produire. Comme le montre le film, seul un mur les sépare de son horreur. Elle interpelle sur le fait qu’aujourd'hui, nous soyons à quelques murs de Gaza, où des actes de génocide se produisent depuis près de six mois, sans que personne n'intervienne pour les faire cesser.

dimanche 24 mars 2024

The "Zone of Interest" between Palestine and Syria and the human condition

 The film "Zone of Interest" by the British director Jonathan Glazer, winner of this year's Oscar, has caused considerable controversy among writers and professionals in the fields of culture and cinema in Britain and America. Not because of its content, cinematography, or character construction, but because of what its director said when he received the Oscar.

Glazer (who is Jewish by birth) stated that the understanding of his film is not only achieved by dealing with the past or historical atrocities, but also by viewing it in the context of what is happening in Gaza today. He expressed his rejection of the use of the "Holocaust" to justify ongoing wars, dehumanization, and the perpetration of crimes.

In response, more than a thousand cinema personalities who identified themselves as Jewish rejected the comparison they said he made between the Nazi Holocaust and the war in Palestine since October 7, 2023.

On the other hand, intellectuals and progressive Jewish organizations defended Glazer, arguing that the refusal to confront the past with the present and the attempt to confiscate the memory of the "Holocaust" are nothing but attempts to hide the crimes and the "genocidal war" waged by Israel against the Palestinians.

Naomi Klein, the Canadian feminist journalist and academic, wrote a powerful article in The Guardian in which she compared people's habit of living close to the genocide they know is happening (separated from its horror by a wall), as depicted in the film, with our lives today, just a few walls away from Gaza, where acts of genocide have been occurring for almost six months now, yet no one has intervened to stop them.

mardi 27 février 2024

The Selfie of Extermination

A vision of horror emerges from this photograph.

Taken by Tsafrir Abayov on February 19, 2024, it shows a group of female Israeli soldiers taking a selfie in front of the macabre rubble of a pulverized neighborhood in the Gaza Strip.

On his Instagram page, the photographer didn't specify the exact location of the shot. But thanks to his “neutral” presentation of this extraordinarily violent image, we know it came from northern Gaza. He hashtagged it, used Israeli military terminology, referred to the "gendered" identity of military personnel, and, of course, specified his camera type, lens size, and sensitivity level.

The absence of a location on this photo, and on another equally gruesome series that followed in the same photographer's album, is likely related to Israeli army censorship orders. It may also be due to negligence on his part. Finally, it may be that the scale of destruction in Gaza is such that taking a selfie in front of the ruins of its cities and refugee camps has the same connotation and meaning: "We photograph and smile for the lens, revealing what we have done to the places and houses. All that remains are the ghosts of those who disappeared after a massacre or deportation”.

lundi 26 février 2024

Le Selfie de l’extermination

De cette photographie se dégage une vision d’horreur.

Prise le 19 février 2024 par Tsafrir Abayov, elle capture un groupe de soldates israéliennes prenant un selfie devant les décombres macabres d'un quartier pulvérisé dans la bande de Gaza.

Sur sa page Instagram, le photographe n'a pas précisé le lieu exact de la prise. Mais nous savons, grâce à la présentation froide qu’il fait de cette image extraordinairement violente, qu'elle provient du nord de Gaza. Il l'a hashtaguée, utilisé la terminologie militaire israélienne, fait référence à l'identité «genrée» du personnel militaire et, bien sûr, spécifié son type d'appareil photo, la taille de l'objectif et le niveau de sensibilité.

L'absence de localisation sur cette photo, et sur une autre série tout aussi horrible qui a suivi dans l'album du même photographe, est probablement liée aux ordres de censure de l'armée israélienne. Il peut s'agir également d'un oubli ou d'une négligence de sa part. Il se peut enfin que l’étendue de la destruction de la bande de Gaza soit telle que la prise d’un selfie devant n’importe quelle ruine de ses villes et de ses camps de réfugiés ait la même connotation et la même signification: «Nous photographions et sourions pour l'objectif, tout en dévoilant ce que nous avons fait des lieux et des maisons. Il ne reste derrière nous que les fantômes de ceux qui ont disparu à la suite d'un massacre ou d'une déportation».

samedi 24 février 2024

Interview sur l'impunité israélienne et sur la guerre à Gaza

Ziad Majed, politiste et écrivain libanais, intellectuel de gauche et fin connaisseur du dossier palestinien, est professeur universitaire à Paris. Il partage aujourd'hui avec Le Matin d'Algérie ses réflexions sur Gaza et la Palestine, mettant l'accent sur l'universalité du droit international, un sujet qu'il a largement développé dans ses écrits et ses interventions politiques.

Le Matin d’Algérie: Pour commencer, pouvez-vous définir la notion d’«impunité» dans le contexte des sciences politiques?

Ziad Majed: L'impunité des gouvernements et des États peut être définie comme le phénomène par lequel des dirigeants politiques ou des entités étatiques échappent à toute forme de sanction ou de responsabilité juridique pour leurs actions, lorsqu'elles sont contraires aux lois et au droit.

Les gouvernements ou les États peuvent bénéficier de l'impunité pour diverses raisons, notamment le contrôle qu'ils exercent sur les institutions judiciaires, l'influence qu'ils exercent sur les médias ou la protection par des puissances étrangères qui limitent les possibilités de poursuites juridiques internationales. L'impunité peut ainsi conduire à des violations des droits humains, à des abus de pouvoir, à la corruption et à de nombreux autres actes répréhensibles sans que les auteurs ne soient tenus de rendre des comptes.

En ce sens, l’impunité caractérise les régimes despotiques ou ceux où les élites sont au-dessus de la loi. Elle instaure une culture politique où tout est permis pour les privilégiés à condition qu’ils soient proches du pouvoir.

Dans les relations internationales, elle permet la violation sans crainte des droits humains, du droit international humanitaire et des conventions signées par la plupart des pays pour établir des mécanismes de punition des contrevenants.

lundi 12 février 2024

Riad Al-Turq: Le gardien de l'espoir

Mesdames, Messieurs, chères Khozama et Nisreen,

Chers camarades,

Qu'est-ce qui fait que nous soyions aujourd'hui, Syriens, Palestiniens, Libanais et Français, réunis pour honorer un nonagénaire parti il y a quarante jours ?

Est-ce le respect que nous portons à sa vie et à son combat légendaire pour la liberté, cette cause qu'il a refusé de concéder ni de compromettre sur son droit à l’arracher ?

Est-ce la ténacité extraordinaire et le courage qui ont caractérisé son quotidien en prison et hors de prison, alors qu'il vivait la torture, l'oppression et la tyrannie dans sa chair ?

Est-ce notre amour commun pour nos pays déchirés, dont les peuples vivent, à Homs, Daraya, Daraa, Alep, Gaza, Khan Younis, Jenin, Sanaa, Bagdad et Beyrouth un rare niveau de cruauté ?

Est-ce l'espoir toujours nourri par notre grand défunt, même dans les moments les plus sombres, que la Syrie ne resterait pas le royaume du silence ?

Ou est-ce cette vulnérabilité si humaine qui transparait malgré une volonté de fer, qui réfléchit en miroir l’image de nos pères, nous donnant à voir leur force, leurs hésitations, leur tendresse, leurs maladresses et finalement leurs corps ployant sans jamais fléchir sous le poids des années et des horreurs ?

Nous sommes ici, me semble-t-il pour toutes ces raisons à la fois. Riad al-Turk nous a tous et toutes marqués, quelle que soit notre proximité personnelle avec lui.

mercredi 7 février 2024

Gaza, the world and us

Since October 8, 2023, we have been witnessing the deadliest and most brutal war ever documented and broadcast live. In 15 weeks, more than 30,000 Palestinians have been killed by the Israeli army (60% of them children and women), and more than 80% of the population of 2.2 million Gazans, besieged on 360 km2 and already victims of 4 wars and a long blockade (since 2007), have been displaced and crammed into the southern part of the devastated territory[1].

The figures, reports, videos and testimonies published and regularly updated by the various UN agencies, humanitarian and human rights organizations, as well as by the brave Palestinian journalists and photographers on the ground, show us the suffering, the famine, the destruction of homes and infrastructure, the cuts in water, fuel and electricity, the inhuman sanitary conditions and the ordeal of the sick, the wounded, the amputees, treated with makeshift means and operated on without anesthesia.

vendredi 2 février 2024

Gaza, le monde et nous

Nous vivons depuis le 8 octobre 2023 la guerre la plus meurtrière et la plus brutale jamais documentée et transmise en direct. En 15 semaines, plus de 30.000 palestiniens ont été tués par l’armée israélienne (60% des enfants et des femmes), et plus de 80% de la population de 2,2 millions de gazaouis assiégée dans 360 km2, déjà victime de 4 guerres et d’un long blocus (depuis 2007) se trouve déplacée, et entassée dans la partie sud du secteur dévasté[1].

Les chiffres, récits, vidéos et témoignages publiés et mis à jour régulièrement par les différentes agences onusiennes, les organisations humanitaires et des droits humains de même que par les braves journalistes et photographes palestiniens sur place, nous montrent la souffrance, la famine, les destructions des habitations et infrastructures, les coupures d’eau, de carburant et d’électricité, les conditions sanitaires inhumaines et le calvaire des malades, blessés, amputés, traités avec des moyens de fortune et opérés sans anesthésie.

Pendant ce temps, en occident, les gouvernements et une majorité de chaines de télévision, ont décrété que cette tragédie était un dommage collatéral d’une guerre «de légitime défense» qu’Israël mène à la suite des attaques meurtrières du Hamas le 7 octobre.

dimanche 31 décembre 2023

Can We Speak of a “Genocide” in Gaza?

Since the start of Israel’s most brutal war against Palestinians in the Gaza Strip (following the Hamas attack on Israeli soldiers and civilians on October 7, 2023), some media and governments have turned international and humanitarian law into a point of view or opinion expressed by non-specialists.

As a result, terms and concepts each with a very specific meaning, such as war crimes or crimes against humanity (including ethnic cleansing) or genocide, have become terms and concepts used interchangeably to qualify certain conditions or, often, to deny the “correctness” of these qualifications.

The following text recalls the definitions of the crimes in question and examines to what extent they apply to the Israeli war in the Gaza Strip.

Ziad Majed in Orient XXI

To read the article, please click here.

Peut-on parler de génocide à Gaza?

Depuis le début de la guerre israélienne la plus brutale contre les Palestiniens de la bande de Gaza, qui a suivi l’attaque du Hamas contre des militaires et des civils israéliens le 7 octobre 2023, nombre de médias et de gouvernements ont fait du droit international et du droit humanitaire un point de vue, ou une opinion exprimée sur les plateaux par des non-spécialistes.

Ainsi, des termes et des concepts ayant chacun une signification très précise, tels que «crime de guerre», «crime contre l’humanité», «nettoyage ethnique» ou «génocide» sont utilisés de manière indifférenciée pour qualifier certaines situations ou, le plus souvent, pour nier au contraire la pertinence de ces usages. Nous nous attachons ici à rappeler les définitions des crimes en question, afin d’examiner l’applicabilité de ces termes à la guerre israélienne dans la bande de Gaza.

Ziad Majed dans Orient XXI.

Pour lire l'article, veuillez cliquer ici.

jeudi 16 novembre 2023

On the French Judges' decision to issue arrest warrant for Bashar Al-Assad for crimes against humanity

The decision by French criminal investigative judges to issue arrest warrants for Syrian President Bashar al-Assad, his brother Maher al-Assad, and two other senior officials for the use of banned chemical weapons against civilians in the town of Douma and the Eastern Ghouta district (killing more than 1,400 people in August 2013) sets a very important precedent.

jeudi 12 octobre 2023

La guerre à Gaza et la déshumanisation des Palestiniens

Les développements de la guerre à Gaza, le droit international, la déshumanisation des Palestiniens, le terrorisme et l'occupation, thèmes évoqués lors d'une émission sur France Info Tv, modérée par Patricia Loison, avec Alban Mikoczy, Anthony Bellanger et Ziad Majed.

Première Partie

Deuxième Partie

samedi 7 octobre 2023

La nouvelle guerre à Gaza

L'émission de C dans l'air de France 5, du samedi 7 octobre 2023, 

sur la nouvelle guerre à Gaza, 

 avec Pierre Haski, Tamar Sebok, Vincent Hugeux et Ziad Majed.

L'émission est également disponible en podcast en cliquant ici.

mardi 16 mai 2023

Gap and decadence

In Lebanon, questions are constantly asked about the reasons that allow politicians of immeasurable mediocrity and corruption to impose themselves and to remain in power in a country where the society has an extraordinary level of education, competence and dynamism.

The answers are often given in terms of the confessional issue and the divisions it implies, the clientelism that has continued to grow and to corrode all public administrations, sponsored by the leaders of war militias who have become ministers and deputies. Talks also evoked the Syrian regime’s hegemony that has "manufactured" politicians and infiltrated state institutions, assassinations, impunity, Hezbollah and its weapons that terrorize its opponents, and the electoral law and its “Gerry meandering” that favored the re-election of the same tenors and their henchmen. Finally, the repercussions of the regional crises on the Lebanese scene are regularly mentioned. They complicate the situation even more and leave the majority of the people in the frustration of impotence and the disarray of waiting for temporary solutions, often imported from the “outside”.

Nevertheless, is this enough to understand the increasingly striking gap between State and Society or between political elites and social or cultural actors in the country?

lundi 10 avril 2023

Décalage et décadence

On s'interroge inlassablement au Liban sur les raisons qui permettent à des responsables politiques d'une médiocrité et d'une corruption incommensurables de s’imposer et de se maintenir au pouvoir dans un pays où la société dispose d’un niveau d’éducation, de compétences et de dynamisme extraordinaires.

On répond souvent en invoquant la question confessionnelle et les clivages qu’elle implique, le clientélisme qui n’a cessé de s’élargir et de gangréner toutes les administrations publiques, parrainé par des chefs de milices de guerre devenus ministres et députés. On parle aussi de l’hégémonie sécuritaire syrienne qui a «fabriqué» des politiques et infiltré les institutions étatiques, des assassinats, de l’impunité, de Hezbollah et ses armes qui terrorisent ses opposants, puis de la loi électorale et de ses découpages favorisant la réélection des mêmes ténors et de leurs sbires. On évoque enfin les répercussions des crises régionales sur la scène libanaise qui compliquent d’avantage la donne et laissent la majorité des gens dans la frustration de l’impuissance et le désarroi de l’attente de solutions importées de l’extérieur et temporaires.

vendredi 2 décembre 2022

Why are we so passionate about Football?

The World Cup, Qatar 2022, has been going on since November 20 and will crown the new champion on December 18. Despite the numerous condemnations of the exploitation of foreign workers in the emirate, definitely legitimate but inconsistent with the silence that reigned when Russia organized its World Cup in 2018 (while bombing Syria and killing 20 thousand Syrian civilians in three years), the great success of the event is already enacted and calls for a boycott have failed.

In any case, calling for a boycott of major sports competitions in general and Football in particular has never been successful. For what game enthusiasts would boycott the most anticipated (and most funded and sponsored) event on the planet? How can we do without one of the few sources of euphoria and happiness that "resurrects" childhood and creates the most intense emotions for billions of people for almost a month?

Pourquoi le football passionne-t-il toujours autant ?

La coupe du monde de Football, Qatar 2022, se poursuit depuis le 20 novembre et couronnera le nouveau champion le 18 décembre. Malgré les nombreuses condamnations de l’exploitation des travailleurs étrangers dans l’émirat, légitimes mais inconsistantes avec le silence qui a régné quand la Russie a organisé sa coupe du monde en 2018 (tout en bombardant la Syrie et tuant 20 mille civils syriens en trois ans), le grand succès de l’événement est déjà acté et les appels au boycott ont échoué.

De toute façon, appeler à boycotter les grandes compétitions sportives en général et de football en particulier n’a jamais abouti ou réussi. Car quels passionnés du jeu pourraient boycotter l’événement le plus attendu (et le plus financé et sponsorisé) de la planète ? Comment se passer de l’une des rares sources d’euphorie et de bonheur qui « ressuscite » l’enfance et crée les émotions les plus intenses chez des milliards de personnes pendant presqu’un mois ?

dimanche 20 novembre 2022

Fourty years ago: The 1982 WORLD CUP under the siege of Beirut

Time passed slowly and painfully in the early summer of 1982, the year of the second Israeli invasion of Lebanon and the occupation of Beirut.

The smell of death hung over the city, and daily life, between funeral processions, was more like a ruse against fear, against weariness and scarcity, waiting for the unknown or for the World Cup matches.

lundi 23 mai 2022

Syrie: Le régime du pillage et de l’engloutissement des cadavres

Les horreurs infligées aux Syriens par le régime Assad, tout au long de ses décennies au pouvoir, sont innombrables. L'ampleur de la violence qui s’est abattue sur eux (ainsi que sur les Palestiniens de Syrie) au cours des sept dernières années[1] est particulièrement effrayante. Il suffit de citer les noms des villes et des villages sur la carte du pays pour se souvenir des massacres perpétrés dans ces lieux, des cas de siège, de famine, de déplacement, de torture et d'assassinat par des bombes à barils ou des armes chimiques.

samedi 21 mai 2022

What do the May 2022 legislative elections in Lebanon reveal?

On Sunday May 15, 2022, Lebanon witnessed the first election - in this case legislative - since the popular uprising of 2019, the economic collapse and the devastating explosion of the port of Beirut, followed by the departure of tens of thousands of young graduates from the country. Four million Lebanese were called to the polls to elect a new Parliament.

The results of this election offer several lessons on the new political power relations and the extent of the crisis that the state and society are going through.

samedi 14 mai 2022

Where should we go after the last frontiers?

“The Earth is closing on us
pushing us through the last passage
and we tear off our limbs to pass through.

The Earth is squeezing us.
I wish we were its wheat
so we could die and live again.
I wish the Earth was our mother
so she’d be kind to us.

I wish we were pictures on the rocks
for our dreams to carry as mirrors.
We saw the faces of those who will throw
our children out of the window of this last space.
Our star will hang up mirrors.

Where should we go after the last frontiers ?
Where should the birds fly after the last sky ?
Where should the plants sleep after the last breath of air ?

We will write our names with scarlet steam.
We will cut off the hand of the song to be finished by our flesh.
We will die here, here in the last passage.
Here and here our blood will plant its olive tree".

Mahmoud Darwish

vendredi 13 mai 2022

Au Liban, des législatives en plein marasme

Les élections législatives ont lieu dimanche 15 mai au Liban. Le pays est plongé dans une grave crise économique et financière. Les élites politiques, accusées de corruption, sont décrédibilisées. Mais ce scrutin offre peu d’espoir. Reportage et analyse, avec Nada Maucourant Atallah et Ziad Majed (émission animée par Christophe Guigneau de Médiapart).


samedi 7 mai 2022

Will the Republican front against the far right hold up for long in France?

In a world that has been experiencing the rise of ultranationalist, xenophobic and reactionary populism for decades, European democracies are finding it increasingly difficult to stand out.

Witnesses (and sometimes accomplices) of a normalization of the extreme right, in search of transforming Europe into a white fortress rejecting immigration and rejecting miscegenation and diversity, the governments and authorities in Brussels, Rome, Paris, or even Berlin are slow to react. They persist in their obsession with growth and economic exchanges, to the detriment of major political and societal issues. As for the progressive forces, fragmented and incapable of transforming the necessary mobilizations and oppositions into the conquest of power, they are in clear retreat, despite some electoral surges.

The pandemic and its heavy consequences have aggravated this situation and further weakened the confidence of a large part of the citizens in their institutions, elites and representatives, while amplifying social, racial and territorial inequalities.

In addition to all this, since February 2022, there has been the anxiety and anguish caused by the Russian invasion of Ukraine and the outbreak of war on European soil. The demons of a not so distant past seem to be back in many countries.

It is in this tense and oppressive European and international context that the presidential elections were held in France in April, preceded by very violent political and media campaigns and with a record abstention (the highest in fifty years).

Le front républicain français contre l’extrême droite résistera-t-il longtemps?

Dans un monde qui connait depuis des décennies la montée d’un populisme ultranationaliste, xénophobe et réactionnaire, les démocraties européennes peinent de plus en plus à se démarquer.

Témoins (et parfois complices) d’une normalisation des droites extrêmes, en quête de transformer l’Europe en une forteresse blanche repoussant l’immigration et rejetant le métissage et la diversité, les gouvernements et les instances à Bruxelles, à Rome, à Paris, ou même à Berlin tardent à réagir. Ils persistent dans leurs obsessions de croissance et d’échanges économiques, au détriment des grandes questions politiques et sociétales. Les forces progressistes quant à elles, fragmentées et incapables de transformer les mobilisations et oppositions nécessaires en conquête du pouvoir, sont en net recul, malgré certains sursauts électoraux. 

La pandémie et ses lourdes conséquences ont aggravé cette situation et fragilisé d’avantage la confiance d’une grande partie des citoyens en leurs institutions, élites et représentants, tout en amplifiant les inégalités sociales, raciales et territoriales.

A tout cela se sont ajoutées depuis février 2022 l’anxiété et l’angoisse causées par l’invasion russe de l’Ukraine et le déclenchement de la guerre sur le sol européen. Les démons d’un passé pas si lointain semblent être, dans plusieurs pays, de retour.

C’est dans ce contexte européen et international tendu et opprimant que les élections présidentielles se sont tenues en France le mois dernier, précédées par des campagnes politiques et médiatiques très violentes et connaissant une abstention record (la plus importante depuis cinquante ans).

vendredi 4 mars 2022

Pour une démarchandisation des secteurs d’intérêts communs

Dans son nouvel ouvrage « une brève histoire de l’égalité » (Seuil, aôut 2021), l’économiste Thomas Piketty, auteur de travaux de référence sur le capitalisme, le capital et l’idéologie, se penche sur le mouvement historique vers l’égalité, à la fois sur le plan politique, social et économique. Il analyse les étapes dans ce qu’il qualifie de « marche mondiale vers l’égalité », prône une sortie de toutes les formes de « néocolonialisme » existant dans les rapports Nord/Sud et propose la construction d’un « socialisme démocratique, écologique et métissé » aux échelles nationales et internationales.

jeudi 24 février 2022

ٌRussia, Ukraine and Syria - A reminder

The Russian army has been training and testing its military arsenal for 7 years against Syrian civilians, hospitals, infrastructure, schools, roads and agricultural lands and against the command centers and positions of Syrian opposition fighters in the north, south, center and around the capital Damascus.

It has turned millions of Syrians as well as their towns and villages into targets, regularly praising the effectiveness of its tactical and strategic weapons.

More than 20,000 Syrians (civilians and fighters) have been killed in these strikes, and hundreds of thousands have been injured and/or displaced. Dozens of hospitals and medical centers have been destroyed or put out of service and entire neighborhoods have been ravaged or even razed.

All this happened with impunity, without Putin being worried or sanctioned.

This is a reality to keep in mind when analyzing the invasion of Ukraine today, even if the political (and geopolitical) context is very different.


mardi 22 février 2022

"Témoignage incomplet autour d'une photographie syrienne"

"Cette photographie a été prise dans notre maison, mon épouse Samira Al-Khalil et moi (Samira appuie sa tête sur mes épaules à l'arrière), dans la banlieue de Qudsayya, à l'ouest de Damas, vers la fin 2005. La photographie reflète une grande partie de l'histoire de la Syrie au cours du dernier demi-siècle, sans pour autant contenir des personnes investies de pouvoir, de capital ou d'influence" - Un article de Yassin Al-Haj Saleh publié en arabe dans Aljumhuriya.

mercredi 16 février 2022

Syrie: Radiographie d'un conflit

"De l’aspiration à la liberté des manifestants au massacre à l'arme chimique et la catastrophe humanitaire, en passant par l'arrivée de l'État Islamique et les interventions de plusieurs acteurs régionaux et internationaux: comment expliquer un tel enchaînement des évènements en Syrie?" Retour en deux épisodes sur dix années de révolution et de guerre effroyable et meurtrière, avec Hussam Hammoud, Inès Daif, Céline Martelet, Raphaël Pitti, Ziad Majed et l'équipe de l'Orient à l'envers.

Episode 1/2: Radiographie d'un conflit sans fin

Episode 2/2: Peuple Syrien: de l'exil à l'impossible reconstruction

mardi 21 décembre 2021

Lebanon: How did we get here?

This is the question that many people are still asking, devastated by the economic collapse and political decadence that are engulfing Lebanon in the abyss. 

The following text is a synthetic answer to the question, built around five reasons.

samedi 11 décembre 2021

Regional Rivalry in Lebanon and Hezbollah's roles

The annual conference of Carnegie Middle East, December 9, 2021: A discussion on regional rivalry in Lebanon and on Hezbollah's roles, with Kim Ghattas, Emile Hokayem, Hisham Melhem and Ziad Majed. 


dimanche 28 novembre 2021

Syriens Verwaiste Revolution

 

Syrie la Révolution Orpheline
publié en allemand (édition mise à jour) chez 
Traduit par Harald Etzbach

mercredi 21 juillet 2021

Nos lieux que nous transportons partout

Nos lieux ne nous quittent jamais. Nous les transportons en nous partout. Nous gardons des lueurs de leurs lumières, des échos de leurs bruits, une part de leur chaleur au fond de nos cœurs.

Il nous arrive de les oublier, ou de ne plus penser à leurs sentiers, aux chemins qui mènent vers eux, au quotidien à l'ombre de leur soleil, au vécu sous leurs cieux ou leurs toits... Mais il suffit souvent d'une image, d'une mélodie, d'une brise, d'un goût ou d'une discussion pour qu'ils resurgissent, pour que leurs détails et allures réémergent devant nos yeux et pour que des souvenirs nous rattrapent et nous surprennent.

Nos lieux nous habitent, certains - devenus difficiles d'accès - nous hantent. En faire l'inventaire, accepter de tourner tendrement des pages, défendre d'autres et garder l'espoir de les redécouvrir un jour semble le seul remède à la mélancolie qui rode autour de nous à chaque fois qu'un orage renvoie à l'odeur d'une première pluie et à chaque fois que la musique d'un réveil résonne sous de nouveaux draps...

lundi 14 juin 2021

Que faire?

Le nouvel ouvrage de Nawaf Salam, Le Liban d’hier à demain, regroupant huit essais sur l’histoire contemporaine libanaise et les questions de réformes politiques et sociétales devenues indispensables pour la survie-même du pays, constitue un document important à plusieurs niveaux.

vendredi 11 juin 2021

Quel avenir pour la Syrie - Le Monde en Face, France 5

 Emission de France 5, Mardi 1er juin 2021, présentée par Marina Carrère d'Encausse, avec Najah Al-Bukai, Antoine Mariotti, Raphaël Pitti et Ziad Majed.


mercredi 9 juin 2021

Abdelbasset Al-Sarout: chronicle of a betrayed revolution

The "character" of Abdelbasset Al-Sarout probably best embodies the course of the Syrian revolution, its radiant and spontaneous beginnings, its mistakes and errors, and finally its tragic endings.

Al-Sarout was born in Homs in 1992 in a neighborhood -Al-Bayyada- whose inhabitants are mostly from the surrounding rural world. Like Baba Amr, it is also shared by another fringe of the population, former Bedouins who have come to settle in this third largest city in Syria.

Preceded by his popularity as the adored goalkeeper of the homsiote Al-Karame Club, he entered the revolution with determination and enthousiasm. With his hoarse and melancholic voice, he led the processions, flying over them like an eagle, carried on the shoulders of his fans who used to applaud him in the football stadiums. They cheered their hero and chanted with him "freedom, equality" and other slogans calling for the fall of the Assad regime.

samedi 15 mai 2021

Palestine et Syrie - Palestine and Syria

Il y a eu, ces dernières années, celles et ceux qui se mobilisaient pour la Palestine, mais ne voyaient pas la Syrie sur la carte, ni le sang des centaines de milliers de syriens et de palestiniens de Syrie qui coulait à Alep, à Homs, à Yarmouk, dans la Ghouta de Damas et à Idlib.

Et puis il y a eu celles et ceux qui se mobilisaient pour la Palestine, s'opposaient aux massacres de Bachar Al-Assad, mais ne disaient pas un mot sur les acteurs qui permettaient à Bachar de survivre et de commettre ses massacres: la Russie, l'Iran et le Hezbollah libanais.

Aujourd'hui, il y a celles et ceux qui se sont mobilisés pour la Syrie, mais qui restent muets sur la Palestine et sur les crimes de guerre, l’occupation, la colonisation et l’Apartheid Israéliens.

Est-il si difficile d’être constant/cohérent dans les positions politiques et éthiques et de considérer que les droits humains, la fin de l'oppression et de l'impunité sont les principes qui doivent guider ces positions ? 

In recent years, there have been those who mobilized for Palestine, but did not see Syria on the map, nor the blood of hundreds of thousands of Syrians and Palestinians in Syria that flowed in Aleppo, Homs, Yarmouk, the Ghouta of Damascus and Idlib.

And then there were those who mobilized for Palestine, condemned the massacres of Bashar Al-Assad, but did not say a word about the actors who allowed Bashar to survive and commit his massacres: Russia, Iran and the Lebanese Hezbollah.

Today, there are those who were mobilized for Syria, but who remain silent on Palestine and on Israeli war crimes, occupation, colonial expansion and Apartheid.

Is it so difficult to be consistent and coherent in political and ethical positions and to consider that human rights, the end of oppression and impunity are the principles that should guide all stances?

ZM

vendredi 7 mai 2021

Michel Kilo, une vie de lutte et d’espoir

Aucun intellectuel syrien n’a incarné pendant plus de 40 ans l’opposition au régime des Assad père et fils plus que Michel Kilo.

Homme de gauche, inspiré par les écrits d’Elias Morcos et de Yassin Al-Hafez, journaliste de formation et traducteur d’ouvrages de pensée politique (de l’allemand), il était déjà parmi les acteurs culturels ouvertement critiques du système que mettait en place Hafez Al-Assad à la fin des années 1970.

jeudi 22 avril 2021

On the Syrian regime, its structure and networks in 2021

Professor at the American University of Paris, author of Dans la tête de Bachar al-Assad (with Subhi Hadidi and Farouk Mardam Bey, Actes Sud, 2018) and Syria: La révolution orpheline (Actes Sud, 2014), Ziad Majed evokes the situation in Syria and within the regime circles and networks.

An interview published (originally in French) in Moyen-Orient, April 2021.

Between 2011 and 2021, the regime of Bashar Al-Assad (in power since 2000) went from threatened and moribund to strengthened and durable. How did he manage to adapt in a time of war?

There are several factors that have allowed Bashar Al-Assad to maintain himself in Damascus and to survive the revolution and then the war, which he himself initiated against a large part of the Syrian society.

The first is violence, which has been his only policy since the first day of the popular uprising and long before its militarization. It became unprecedentedly intense from the summer of 2012 onwards when he started his aerial bombing campaigns, the systematic destruction of hospitals, schools and infrastructure in the areas that escaped his control, the sieges he imposed on several localities, and the torture on an industrial scale in his jails. He has thus reproduced a scenario similar to the one reserved for the city of Hamah in February 1982 (which, under his father Hafez, had suffered a siege, destruction and massacres killing and injuring tens of thousands of civilians under the pretext of facing a rebellion of the Muslim brothers). Except that this time the scenario was extended to the national scale.

samedi 17 avril 2021

The agony of the Great Lebanon

Cyclical political crises that paralyze state institutions and regularly postpone all electoral deadlines and government formation, insecurity and powerlessness in the face of interference from regional and international actors, widespread clientelism at all levels of the administration, a public debt estimated at more than 150% of GDP, banks (where 1% of depositors hold 50% of the deposits) are in dire straits, hyperinflation and falling purchasing power, half of the population is impoverished and Palestinian and Syrian refugees are living in misery. One hundred years after its birth, "Greater Lebanon" is sinking into the abyss and no longer has the means to recover.

If the political-confessional cleavages, the mediocrity and corruption of the ruling political class as well as the dilemma of Hezbollah's weapons and its organic alliance with Iran are largely responsible for the current situation, it is nevertheless clear that the Lebanese system itself, based on "consociationalism", is dying.

mercredi 17 mars 2021

War in Syria: Assad, ten years later, reigns over a heap of ruins

"A well-informed political scientist, Ziad Majed gives an overview of the Syrian conflict, which broke out on March 15, 2011, ten years ago. For him, Assad's regime is, by far, the first responsible for the disaster. And he and the djihadist camp need each other. He answers questions from Baudouin Loos in the special report entitled "The long Syrian night, a debacle for humanity" in the daily Le Soir".

lundi 15 mars 2021

Guerre en Syrie: Assad, dix ans plus tard, règne sur un monceau de ruines

"Politologue averti, Ziad Majed fait un tour d’horizon du conflit syrien, qui a éclaté le 15 mars 2011, il y a dix ans. Pour lui, le régime est, et de loin, le premier responsable du désastre. Et lui comme le camp djihadiste ont besoin l’un de l’autre. Il repond aux questions de Baudouin Loos dans le dossier spécial intitulé "La longue nuit syrienne, un débâcle pour l'humanité" du journal Le Soir su la Syrie."