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jeudi 1 octobre 2026

Soustraire la judéité à l’assignation sioniste

Dans Redevenir juif, La fin d’un pacte de blanchiment réciproque, publié aux éditions  Découverte en 2026, le philosophe Michel Feher examine la transformation de «la place assignée aux juifs» dans les sociétés occidentales, son articulation avec le développement du sionisme et le soutien à Israël, ainsi que les effets contemporains de la recomposition des droites et des extrêmes droites. 

Du blanchiment réciproque 

À partir de 1967, selon Feher, la place des juifs dans les sociétés occidentales connaît une évolution décisive. Longtemps considérés, en Europe, comme étrangers, déracinés ou suspects, ils se voient progressivement reconnaître une pleine appartenance au monde occidental, jusqu’à devenir, selon sa formule, des «Blancs exemplaires». En contrepartie de cette intégration, ils sont incités à contribuer au blanchiment moral de sociétés soucieuses d’attester leur rupture avec leur passé judéophobe. C’est cet échange que Feher désigne comme un «pacte de blanchiment réciproque».

jeudi 10 septembre 2026

Pourquoi une «question israélienne» s’impose au Liban au-delà d’un accord ou d’une guerre?

Depuis plusieurs années, la place d’Israël dans le Proche-Orient ne peut plus être pensée à travers le seul prisme de ce qui fut longtemps qualifié de «conflit israélo-palestinien» et de ses débordements. Les guerres successives, l’évolution des rapports de force régionaux, les interventions et les assassinats, ainsi que l’appui constant des puissances occidentales ont progressivement conféré aux actions israéliennes une portée qui excède largement le territoire de la seule Palestine historique.

C’est ce «changement d’échelle» qui conduit à déplacer les termes mêmes dans lesquels le «problème» a historiquement été formulé. Il devient désormais possible de parler d’une «question israélienne». L’expression désigne moins un conflit circonscrit qu’un ordre régional fondé sur une hégémonie militaire et un statut d’exception qui soustrait largement Israël aux mécanismes du droit international pourtant censés s’appliquer aux autres États du monde.

lundi 10 août 2026

Liban, Une autre stratégie pour sortir de l’impasse

En cette fin de juillet 2026, le Liban demeure pris entre deux orientations antagonistes. La première prolonge la stratégie militaire du Hezbollah, étroitement liée aux priorités régionales de l’Iran et conduite en dehors des institutions de l’État. La seconde mise sur l’administration américaine pour obtenir le retrait de l’armée israélienne des zones qu’elle occupe dans le sud du pays et engager la reconstruction.

Cette polarisation appauvrit le débat national en érigeant l’arsenal du Hezbollah et la supériorité israélienne en réalités indépassables. Les choix se trouvent ainsi réduits à deux formes de subordination: l’alignement sur les décisions iraniennes ou le recours à une médiation américaine dont les priorités coïncident largement avec celles de Tel-Aviv.

jeudi 2 juillet 2026

Donald Trump et le Liban

Le 16 juin dernier, Donald Trump a appelé le président syrien Ahmad al-Charaa à intervenir au Liban contre le Hezbollah. Il a affirmé qu’Israël n’était pas parvenu à en venir à bout, tout en reconnaissant que ses opérations contre les membres du parti « avaient tué de nombreux civils et détruit massivement des habitations ». L’ambassadeur américain en Turquie et envoyé spécial de Washington pour la Syrie, Tom Barrack, avait déjà tenu des propos semblables en 2025, allant plus loin encore lorsqu’il évoqua un retour au « Bilad al-Cham ».

Le 26 juin, le secrétaire d’État américain Marco Rubio a annoncé l’accord-cadre signé par le Liban et Israël, présenté comme l’ouverture d’une voie diplomatique destinée à régler le conflit. Or cet accord, en l’état, ne garantit ni le retrait israélien total, ni le retour de tous les déplacés libanais, ni la reconstruction des dizaines de villages dynamités ou détruits. Il subordonne ces questions au désarmement du Hezbollah, lequel conditionnera à son tour toute discussion à un retrait israélien complet. S’y ajoute une atteinte flagrante au droit international, puisqu’il impose au Liban « l’arrêt de tous les actes hostiles ou négatifs dans les enceintes politiques ou juridiques internationales », contribuant ainsi à préserver l’impunité israélienne, alors même que ses crimes sur le sol libanais sont filmés, documentés et analysés.

Au-delà de la démence politique et du mépris du droit que révèlent ces appels et cet accord, trois éléments majeurs s’en dégagent.

mardi 30 juin 2026

Y a-t-il une alternative à l’accord-cadre entre le Liban et Israël ?

Il est devenu courant au Liban, depuis quelque temps, que des partis ou des personnalités répondent à toute critique d’un accord ou d’un choix politique par la question de l’alternative. Ce qui pourrait, en apparence, sembler légitime se transforme rapidement, dans les contextes politiques du pays, en moyen de se retrancher derrière une configuration propre à une communauté, au motif qu’il n’existerait pas d’alternative au plus puissant en son sein ; derrière un système clientéliste, sous prétexte de réalisme ; ou encore derrière toute proposition ou tout accord présentés comme excluant d’emblée l’existence de ce qui pourrait s’en distinguer.

La signature de l’accord-cadre entre le Liban et Israël a fourni l’occasion d’entendre ce type d’arguments, parallèlement à d’autres discours consistant à défendre l’accord en le présentant comme bon et souverain, avant d’affirmer qu’il est, en tout état de cause, le produit des rapports de force dans un Sud ravagé et occupé — c’est-à-dire, en réalité, qu’il est profondément mauvais.

Au-delà de cette rengaine, il convient de soulever cinq questions relatives à cet accord et de s’arrêter brièvement sur ce qu’elles impliquent.

dimanche 7 juin 2026

Que veut Israël du Liban?

Dans nombre de positions libanaises domine un discours qui occulte l’existence de politiques israéliennes propres à l’égard du Liban et de la région. Il les réduit à de simples réactions, qu’il serait toujours possible d’éviter. Ce discours répond à une thèse inverse, défendue par le Hezbollah, selon laquelle Israël n’aurait jamais besoin de prétexte pour déclencher ses agressions.

L’histoire des guerres israéliennes au Liban montre pourtant la fragilité de ces deux discours. Il n’est pas toujours vrai qu’Israël n’ait besoin d’aucun prétexte pour attaquer. Toute force libanaise responsable devrait donc chercher, autant que possible, à éviter les confrontations militaires. Leurs coûts humains et matériels ont toujours été considérables, d’autant que l’impunité israélienne demeure largement assurée.

Mais l’inverse n’est pas plus exact. Israël n’agit pas seulement en réaction à ses ennemis. Une telle lecture méconnaît les logiques d’un État fondé sur l’occupation, l’expansion coloniale et la « dissuasion » par l’infliction périodique de pertes massives. Il s’agit de maintenir le voisinage dans la crainte, menacé par sa suprématie militaire.

lundi 11 mai 2026

Semer la ruine: L’effacement comme stratégie israélienne

En Palestine — en particulier à Gaza — comme dans le Sud-Liban, la ruine excède largement le registre du dommage matériel. Elle constitue une politique israélienne à part entière qui ordonne l’espace, altère le temps et frappe les vivants à travers leurs lieux de vie. En pulvérisant les maisons, les bibliothèques, les archives, les photographies et les actes de propriété, cette stratégie s’attaque également au souvenir.

Ziad Majed Dans Orient XXI

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mercredi 15 avril 2026

Ziad Majed : depuis la Deuxième Guerre mondiale, il n’y a jamais eu autant de ruines concentrées dans une région du monde

Le monde arabe traverse l’une des périodes les plus sombres de son histoire. Le Liban est en guerre, la société fracturée, et le Sud menacé par une occupation israélienne durable. Le massacre du 8 avril – 357 morts et près de 2 000 blessés – s’ajoute à cette litanie de dates tragiques qui jalonnent la chronologie du pays depuis 1975 jusqu’à aujourd’hui. Le cessez-le-feu entre les États-Unis et l’Iran, signé le 8 avril, demeure particulièrement fragile et n’inclut pas, du moins pour l’heure, le Liban. L’ouverture de négociations directes entre Tel-Aviv et Beyrouth divise profondément la société et met en scène un Hezbollah plus menaçant que jamais. À l’échelle régionale, malgré la multitude de rapports d’organisations internationales et d’experts accusant Israël de génocide à Gaza et dénonçant un régime d’apartheid, chaque jour semble nous éloigner un peu plus d’une solution juste en Palestine. Quant à la Syrie, l’ère Assad a beau être achevée, l’avenir du pays reste incertain. Si chaque situation obéit à sa logique propre, persiste néanmoins le sentiment d’un destin «levantin», et plus largement arabe, partagé dans l’épreuve. 

Politologue et chercheur franco-libanais, auteur de Le Proche-Orient, miroir du monde (La Découverte, 2025), Ziad Majed vit en France depuis 2006, où il dirige le programme d’études sur le Moyen-Orient contemporain à l’Université américaine de Paris. Avec l’intellectuel et journaliste Samir Kassir – assassiné le 2 juin 2005 dans un attentat largement attribué au régime Assad –, le romancier Élias Khoury et des militants de différentes générations, il a cofondé en 2004 le Mouvement de la gauche démocratique et participé activement, en 2005, au printemps de l’indépendance. Dans L’Orient-Le Jour, il analyse les racines du cataclysme actuel.

mercredi 18 mars 2026

Ziad Majed : “Au Liban, le sentiment d’être exclu du droit international nourrit une colère partagée, malgré les clivages communautaires”

La guerre au Proche-Orient est un nouveau drame au Liban. Elle ravive les fractures au sein de la société et les impasses d’un ordre régional imposé par la force. De retour d’un séjour à Beyrouth, le politologue franco-libanais Ziad Majed, auteur de Proche-Orient, miroir du monde. Comprendre le basculement en cours (La Découverte, 2025) livre son analyse.

Propos recueillis par Frédéric Manzini dans Philosophie Magazine.

vendredi 13 mars 2026

La nouvelle guerre israélienne contre le Liban

Sur la guerre Israélienne contre le Liban, les clivages entre libanais autour de la responsabilité du Hezbollah, et l'impunité de Tel Aviv rendue possible par les complicités occidentales.
 

vendredi 6 mars 2026

vendredi 22 août 2025

Israël et l’extermination des journalistes à Gaza

Jamais, dans l’histoire documentée des guerres et des violences collectives, un conflit ni un champ de brutalité n’ont atteint le degré de sauvagerie qu’Israël inflige depuis près de deux ans aux journalistes de Gaza.

L’exécution de plus de 230 reporters et correspondants en 680 jours, presque tous délibérément ciblés par des bombardements aériens, des tirs de snipers ou la traque incessante de drones, constitue une entreprise d’extermination dirigée contre celles et ceux qui portent caméras, micros et ordinateurs pour consigner, jour après jour, les récits et témoignages de leur peuple.

Z.M. dans le club de Mediapart

vendredi 4 avril 2025

Barbarie dans la civilisation

«La Palestine est devenue une cause universelle, parce que l’injustice faite à son peuple depuis 1948, redoublée depuis 1967, prolonge au cœur de notre présent l’injustice des colonisations occidentales qui ont fait la richesse, la puissance et la domination de l’Europe sur le monde. Le ressort du colonialisme est la supériorité, donc l’inégalité et, par conséquent, la négation des principes universels que les démocraties occidentales prétendent avoir proclamés… Cet engrenage est fatal, générant une barbarie qui ensauvage la civilisation».

C’est ainsi qu’Edwy Plenel présente sa blessure palestinienne dans son nouvel ouvrage, dédié à Leila Shahid et Elias Sanbar, paru en février 2025 aux éditions La Découverte.

Une cartographie de l'effacement

Dans un ouvrage publié fin 2024, Philippe Rekacewicz, géographe et cartographe, et Dominique Vidal, historien et journaliste, proposent une analyse singulière des mutations territoriales en Palestine jusqu’en 2022.

Intitulé Palestine-Israël: une histoire visuelle, cet ouvrage retrace l’évolution des représentations cartographiques de la région, depuis l’émergence du projet sioniste à la fin du XIXᵉ siècle jusqu’à l’expansionnisme israélien contemporain. À travers un corpus de cartes inédites et d’archives rares, les auteurs dévoilent les strates d’un «conflit» où chaque tracé territorial a eu son impact politique.

mardi 1 avril 2025

Liban 1982: Radiographie d'un massacre

Jean-Pierre Gratien reçoit Agnès Levallois et Ziad Majed sur LCP pour une discussion sur l'invasion israélienne, le siège de Beyrouth, et les massacres de Sabra et Chatila (et sur la situation actuelle dans le pays et la région). 
La discussion suit la projection d'un documentaire sur le même sujet.