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lundi 11 mai 2026

Semer la ruine: L’effacement comme stratégie israélienne

En Palestine — en particulier à Gaza — comme dans le Sud-Liban, la ruine excède largement le registre du dommage matériel. Elle constitue une politique israélienne à part entière qui ordonne l’espace, altère le temps et frappe les vivants à travers leurs lieux de vie. En pulvérisant les maisons, les bibliothèques, les archives, les photographies et les actes de propriété, cette stratégie s’attaque également au souvenir.

Ziad Majed Dans Orient XXI

Pour lire l'article, vous pouvez cliquer ici.

mercredi 15 octobre 2025

Interviews sur le cessez-le-feu à Gaza, le plan Trump et le mépris des droits des palestiniens

«Désarmement du Hamas, administration de l’enclave, pressions extérieures et ambitions régionales» : Pour le chercheur Ziad Majed, l’avenir de l’enclave palestinienne reste incertain malgré la signature de l’accord - Libération, 10 octobre 2025.

Ziad Majed : “Le plan Trump entend dépolitiser le conflit israélo-palestinien”. Tandis que des otages et détenus ont été et que l’aide humanitaire est attendue à Gaza, le futur des institutions politiques de la Palestine est plus flou que jamais. Explications avec le politologue Ziad Majed, auteur de Proche-Orient, miroir du monde. Comprendre le basculement en cours (La Découverte, 2025) - Philosophie Magazine, 14 octobre 2025.

lundi 6 octobre 2025

Gaza et le plan de Donald Trump

Amélie Férey, Michel Tobmann, Dominique Moïsi et Ziad Majed sur le Plan Trump-Blair pour Gaza, l'Etat Palestinien, le droit international et "Le Proche-Orient, Miroir du monde", dans l'émission "L'Esprit Public" d'Astrid de Villaines sur France Culture.

vendredi 22 août 2025

Israël et l’extermination des journalistes à Gaza

Jamais, dans l’histoire documentée des guerres et des violences collectives, un conflit ni un champ de brutalité n’ont atteint le degré de sauvagerie qu’Israël inflige depuis près de deux ans aux journalistes de Gaza.

L’exécution de plus de 230 reporters et correspondants en 680 jours, presque tous délibérément ciblés par des bombardements aériens, des tirs de snipers ou la traque incessante de drones, constitue une entreprise d’extermination dirigée contre celles et ceux qui portent caméras, micros et ordinateurs pour consigner, jour après jour, les récits et témoignages de leur peuple.

Z.M. dans le club de Mediapart

vendredi 4 avril 2025

Barbarie dans la civilisation

«La Palestine est devenue une cause universelle, parce que l’injustice faite à son peuple depuis 1948, redoublée depuis 1967, prolonge au cœur de notre présent l’injustice des colonisations occidentales qui ont fait la richesse, la puissance et la domination de l’Europe sur le monde. Le ressort du colonialisme est la supériorité, donc l’inégalité et, par conséquent, la négation des principes universels que les démocraties occidentales prétendent avoir proclamés… Cet engrenage est fatal, générant une barbarie qui ensauvage la civilisation».

C’est ainsi qu’Edwy Plenel présente sa blessure palestinienne dans son nouvel ouvrage, dédié à Leila Shahid et Elias Sanbar, paru en février 2025 aux éditions La Découverte.

mardi 7 janvier 2025

A Palestinian doctor named Hussam Abou Safiya

What makes the image of Palestinian doctor Hussam Abu Safiya walking through the rubble of Kamal Adwan Hospital in northern Gaza toward two Israeli tanks so iconic? Is it the universal elements of human tragedy that transcend geographical and temporal boundaries? Or is it the specific context, both geographical and temporal, that makes it a profound and accurate representation of the Gazan epic and the conditions of occupied Palestine in late December 2024, when the photo was taken?

Part of the answer lies in the fact that the image encapsulates both dimensions: it is anchored in its unique space and time, yet it transcends them. It captures a moment of extraordinary cruelty that is at once universally human and distinctly Palestinian. It is the moment when a doctor emerges from the ruins of his destroyed hospital, after the killing or deportation of his patients and staff, and walks in his white coat toward the perpetrators of these crimes – Israeli soldiers entrenched in armored machines of death atop the rubble.

mercredi 4 septembre 2024

Sur la situation en Israël et la guerre à Gaza et en Cisjordanie occupée

L'émission "Sens Public" (Public Sénat) avec Alexandra Schwartzbrod, David Rigoulet-Roze et Ziad Majed, sur la situation politique en Israël, la guerre contre les palestiniens et les affrontements à la frontière libanaise...


mardi 27 août 2024

De la guerre génocidaire à Gaza

"Dix mois après l'attaque du Hamas, dix mois après le début de l'offensive israélienne, que reste-t-il de Gaza? Un nouveau bilan, probablement sous-évalué, fait état de 40 000 morts dans l'enclave palestinienne, écrasée sous les bombes. Des dizaines de milliers de déplacés survivent dans des camps de fortune, et rien ne semble entraver la fuite en avant du pouvoir israélien, qui continue d'affirmer à la face du monde que le siège de Gaza a pour seul but d'extirper le Hamas de la société gazaouie. Face aux images de dévastation qui nous parviennent chaque jour, le débat continue: est-ce un génocide? Notre invité est l'un des premiers à l'avoir théorisé, en décembre 2023, dans une analyse parue sur le site d'Orient XXI. Ziad Majed est politologue, professeur à l'Université américaine de Paris, spécialiste du Moyen-Orient".

Pour visionner la discussion, vous pouvez visiter le site d'Arrêt sur Image.

lundi 5 août 2024

Israël-Hamas: la clé de la paix réside ­­dans l’après-Nétanyahou

Dans un entretien au «Monde», le géopoliticien Frédéric Encel estime que seul le retour de l’Autorité palestinienne à Gaza pourrait constituer un gage d’apaisement. ­Pour le politiste Ziad Majed, les Etats-Unis et le reste de «la communauté internationale» peuvent faire bouger les choses en utilisant les bons outils.

Propos recueillis par Michel Lefebvre et Gaïdz Minassian

Le 7 octobre 2023 a provoqué un séisme dans la région et au-delà. Comment en est-on arrivé là?

Frédéric Encel: Ce gigantesque pogrom, cet acte barbare et antisémite visait non seulement des juifs en tant que tels, mais aussi un projet – conforme à la Charte originelle du Hamas – consistant à les délégitimer et à les animaliser... Ce massacre a été perpétré par un mouvement islamiste radical, issu de la mouvance extrémiste des Ikhwan, les Frères musulmans, confrérie antisémite, homophobe et misogyne à incandescence qui aurait pu se contenter de commettre un coup de force militaire. Après tout, Israël est considéré comme une puissance occupante, même si à Gaza on peut toujours en débattre. Or, le Hamas ne s’est pas contenté d’une opération militaire, mais il a perpétré un véritable carnage sur des civils, qu’il assume du reste, même de manière fluctuante. Enfin, il a toujours cherché à casser toute possibilité de promotion de l’Autorité palestinienne (AP), qui, en droit international, est la seule entité à représenter le peuple palestinien, puisque le Hamas a tout fait pour torpiller, en même temps que l’extrême droite israélienne, les accords d’Oslo de 1993, par, déjà, des attentats très meurtriers dans les ­quartiers exclusivement juifs des cités israéliennes.

Ziad Majed: Politiquement, le 7 octobre a forcé un retour de la question palestinienne sur la scène internationale. Sur le terrain, une description des attaques du Hamas permet de dire qu’il y avait deux phases. La première, légitime, celle de l’attaque contre des positions militaires israéliennes qui imposent un blocus contre Gaza depuis 2007. La seconde comprend des crimes de guerre, puisque ciblant des civils en tant que tels. Par ailleurs, je pense que parler d’antisémitisme comme motif principal des attaques occulte le contexte, le droit international, et ne permet pas de comprendre l’évolution de ce que l’on appelle «conflit israélo-palestinien», d’autant plus que le 7 octobre n’est ni le début de ce conflit ni sa fin.

Où en sommes-nous aujourd’hui?

F. E.: Par un faux paradoxe lié aux guerres asymétriques dans lesquelles, en principe, la puissance dominante finit par être ­politiquement la perdante, le Hamas va perdre la guerre car il est seul. Les régimes modérés arabes ne veulent pas du Hamas ni des Frères musulmans, et ni Pékin ni Moscou ne le soutiennent sérieusement. Au Moyen-Orient plus qu’ailleurs, s’affaiblir militairement, c’est de manière mécanique s’affaiblir aussi politiquement. Et, de ce point de vue-là, Israël a décidé d’en finir avec le Hamas, avec lequel le premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, a été complaisant depuis son retour au pouvoir en 2009, incitant un Qatar ambigu sinon duplice à le financer généreusement. Il a cru ainsi pouvoir concomitamment émollier le Hamas et affaiblir l’AP. Cette politique du pire a échoué. Or, en rejetant le retour de l’AP à Gaza, Nétanyahou s’inscrit dans la pensée magique, car, d’une part, la grande majorité des Israéliens ne souhaitent pas réoccuper Gaza, et, d’autre part, aucun gouvernement arabe ne prendra le risque d’envoyer ses soldats occuper la zone en arrivant a fortiori dans les fourgons de Tsahal, l’armée israélienne ! Donc, qui ira ?

Z. M.: Il y a trois objectifs israéliens dans cette guerre. Les deux premiers sont annoncés par le gouvernement Nétanyahou – anéantir le Hamas et libérer les otages. Le Hamas est certes affaibli, mais loin d’être anéanti. Quant aux otages, la seule libération importante qui a eu lieu jusqu’à présent a été négociée dans le cadre d’une trêve et d’un échange de « prisonniers ». Le troisième objectif israélien, non annoncé par le gouvernement mais par plusieurs responsables et surtout exécuté par l’armée, est la destruction des conditions de vie à Gaza (espaces urbains, habitats, infrastructures, sources d’eau, champs agricoles, hôpitaux, écoles, universités, etc.), afin que la zone ne soit plus habitable, poussant ainsi à moyen terme le plus grand nombre possible de Palestiniens à ­partir. Cela s’inscrit dans une stratégie israélienne de ­changement démographique en Palestine. Car, en parallèle, la politique de colonisation en Cisjordanie et à Jérusalem-Est occupés s’intensifie depuis des années, et les confiscations de terres et attaques des colons épaulés par l’armée contre les personnes et les biens deviennent un quotidien. L’objectif étant, là aussi, de morceler le territoire, d’imposer plus de colons et donc de modifier l’espace et sa démographie.

vendredi 19 juillet 2024

Gaza: «Le crime le plus odieux est de s’habituer et de se taire»

À Gaza, les frappes israéliennes mortelles restent quotidiennes, sans espoir concret de trêve ni de solution politique. Le bilan humain est sans doute largement sous-estimé. Ziad Majed et Amélie Férey sont les invités d’ "À l’air libre" de Médiapart.

vendredi 10 mai 2024

Contre l’effacement et l’oubli

"… Et il y a des morts qui éclairent la nuit des papillons, qui arrivent à l’aube pour prendre le thé avec vous, calmes tels que vos fusils les abandonnèrent. Laissez donc, ô invités du lieu, quelques sièges libres pour les hôtes, qu’ils vous donnent lecture des conditions de la paix avec les défunts" - Mahmoud Darwish, 1992.

C'est par des extraits de ce poème épique qu'Elias Sanbar, écrivain, traducteur, fondateur de la Revue d'études palestiniennes en français et ancien ambassadeur de Palestine auprès de l'UNESCO, conclut son tract intitulé «La dernière guerre?», publié en avril 2024 chez Gallimard à Paris.

Le tract de Sanbar est un essai lumineux de 45 pages qui analyse la guerre à Gaza depuis le 7 octobre 2023, la contextualise, l'inscrit dans le temps long de l’histoire palestinienne, et explique la stratégie du gouvernement israélien tant à Gaza qu'en Cisjordanie et à Jérusalem, où les attaques et les confiscations de terres par les colons et l'armée d'occupation se poursuivent et s'intensifient. Il montre comment cette guerre, contrairement à celle menant à la Nakba en 1948, est «génocidaire»: il ne s’agit pas cette fois de pousser les Palestiniens à l’exil, à la disparition de leur géographie, mais de les détruire, de les anéantir, de viser leur existence même et tout ce qui la rend possible.

samedi 6 avril 2024

Vivre avec le génocide

Chaque jour depuis six mois, environ 200 enfants, femmes et hommes palestiniens (en moyenne) sont tués par l'armée israélienne à Gaza.

Chaque jour depuis six mois, des maisons, des écoles, des hôpitaux, des ambulances, des universités, des usines, des boulangeries, des magasins, des marchés et des terres agricoles sont bombardés, brûlés ou pillés.

La mort plane sur Gaza comme un nuage sombre, comme un monstre légendaire. Nous la regardons, nous vivons avec elle, nous recevons sur nos écrans les images et les cris de ses victimes. Les atrocités, l'agonie et les larmes deviennent des notifications sur nos réseaux sociaux et des nouvelles que nous regardons en buvant un café, en travaillant, en faisant nos courses ou en attendant le beau temps.

C'est comme si nous nous étions habitués à assister en direct à un génocide à quelques heures de chez nous. Comme si ce que nous voyons était annoncé, un déjà-vu. Et même si nous en sommes conscients et accablés, tout ce que nous pouvons parfois faire c’est de retarder le démarrage de nos ordinateurs ou d'éteindre nos téléphones portables, pour interrompre la diffusion des massacres en cours.

vendredi 5 avril 2024

Living with Genocide

Every day for the past six months, an average of 200 Palestinian men, women and children have been killed by the Israeli army in Gaza.

Every day for the past six months, homes, schools, hospitals, ambulances, universities, factories, bakeries, shops, markets and farmland have been bombed, burned or looted.

Death hangs over Gaza like a dark cloud, like a legendary monster. We see it, we live with it, we receive on our screens the images and the cries of its victims. The atrocities, the agony and the tears become notifications on our social networks and news that we watch while drinking coffee, working, shopping or waiting for good weather.

It's as if we've become accustomed to witnessing live genocide just a few hours from home. It's as if what we're seeing is a foretaste, a déjà vu. And even though we're aware of it and overwhelmed by it, sometimes all we can do is delay starting our computers or turn off our cell phones to interrupt the broadcast of the massacres in progress.

mardi 2 avril 2024

«Zone d'intérêt» entre la Palestine, la Syrie et la condition humaine

Le film Zone d'intérêt du réalisateur britannique Jonathan Glazer, lauréat de l'Oscar de cette année, a suscité une vive controverse parmi les écrivains et les professionnels de la culture et du cinéma en Grande-Bretagne et aux États-Unis. Non en raison de son contenu, de sa cinématographie ou de la construction de ses personnages, mais à cause des propos tenus par son réalisateur dans son discours à la cérémonie des Oscars.

Glazer a déclaré que la compréhension de son film ne se réduit pas seulement au traitement du passé ou des atrocités historiques, mais s’inscrit aussi dans le contexte de ce qui se passe à Gaza aujourd'hui. Il a exprimé son rejet de l’instrumentalisation de l' « Holocauste » pour justifier les guerres en cours, la déshumanisation et la perpétration de crimes.

En réponse à son discours, plus d'un millier de personnalités du cinéma s'identifiant comme juives ont rejeté l’analogie qu'il aurait – selon elles - faite entre l'Holocauste et la guerre en Palestine depuis le 7 octobre 2023.

Par ailleurs, des intellectuels et des organisations juives progressistes ont défendu Glazer, estimant que le refus de confronter le passé au présent et la confiscation de la mémoire de l'« Holocauste » ne sont rien d'autre que des tentatives de dissimulation des crimes et de la « guerre génocidaire » menée par Israël contre les Palestiniens.

Naomi Klein, journaliste et universitaire féministe canadienne, a écrit un article percutant dans The Guardian dans lequel elle évoque l'habituation des gens à vivre près du génocide dont ils savent qu’il est en train de se produire. Comme le montre le film, seul un mur les sépare de son horreur. Elle interpelle sur le fait qu’aujourd'hui, nous soyons à quelques murs de Gaza, où des actes de génocide se produisent depuis près de six mois, sans que personne n'intervienne pour les faire cesser.

dimanche 24 mars 2024

The "Zone of Interest" between Palestine and Syria and the human condition

 The film "Zone of Interest" by the British director Jonathan Glazer, winner of this year's Oscar, has caused considerable controversy among writers and professionals in the fields of culture and cinema in Britain and America. Not because of its content, cinematography, or character construction, but because of what its director said when he received the Oscar.

Glazer (who is Jewish by birth) stated that the understanding of his film is not only achieved by dealing with the past or historical atrocities, but also by viewing it in the context of what is happening in Gaza today. He expressed his rejection of the use of the "Holocaust" to justify ongoing wars, dehumanization, and the perpetration of crimes.

In response, more than a thousand cinema personalities who identified themselves as Jewish rejected the comparison they said he made between the Nazi Holocaust and the war in Palestine since October 7, 2023.

On the other hand, intellectuals and progressive Jewish organizations defended Glazer, arguing that the refusal to confront the past with the present and the attempt to confiscate the memory of the "Holocaust" are nothing but attempts to hide the crimes and the "genocidal war" waged by Israel against the Palestinians.

Naomi Klein, the Canadian feminist journalist and academic, wrote a powerful article in The Guardian in which she compared people's habit of living close to the genocide they know is happening (separated from its horror by a wall), as depicted in the film, with our lives today, just a few walls away from Gaza, where acts of genocide have been occurring for almost six months now, yet no one has intervened to stop them.