mardi 23 juin 2026

The Places That Haunt Us

Our places never leave us. At times, we think we have left them behind, laid down in some ancient stratum of life, among interrupted habits, roads we rarely take anymore, houses to which we return only in thought.

And yet, they remain. They dwell silently within us, until a certain light, the smell of rain, a piece of music heard upon waking, or an unexpected conversation suddenly brings them back to life, with their sounds, their warmth, their landmarks, but also their wounds. There are times, however, when war tears these returns away from the intimate realm of memory and turns them into a physical necessity. One no longer wishes merely to remember. One has to go and see. To take measure of what still stands, of what has disappeared, of what words, images, and other people’s accounts can never quite restore.

On Friday 19 June, I travelled to southern Lebanon as far as the entrance to the village where my parents are from. This was just a few kilometres from the area occupied and destroyed by the Israelis. That same day, they had carried out around a hundred air raids, killing fifty people in the neighbouring region of Nabatiyyeh. From Sour, Tyre, I found a driver. In fifteen minutes, at full speed, we crossed several villages without encountering a single human being. I had never known such a silence: not calm, but the brutal erasure of every visible presence.

lundi 22 juin 2026

Les lieux qui nous hantent

Nos lieux ne nous quittent jamais. Nous croyons parfois les avoir laissés derrière nous, déposés dans une strate ancienne de la vie, parmi les habitudes interrompues, les chemins devenus rares, les maisons où l’on ne revient plus qu’en pensée.

Pourtant, ils demeurent. Ils se tiennent en nous, silencieux, jusqu’à ce qu’une lumière, une odeur de pluie, une musique entendue au réveil ou une conversation inattendue les ranime soudain, avec leurs bruits, leur chaleur, leurs repères, mais aussi leurs blessures. Il arrive cependant que la guerre arrache ces retours à la seule intimité du souvenir pour en faire une nécessité physique. On ne veut plus seulement se rappeler. Il faut aller voir. Constater ce qui tient encore, ce qui a disparu, ce que les mots, les images et les récits des autres ne peuvent jamais restituer tout à fait.

Le vendredi 19 juin, je suis allé dans le Sud du Liban, jusqu’à l’entrée du village dont je suis originaire, à quelques kilomètres de la zone occupée et dynamitée par les Israéliens. Le jour même, ceux-ci avaient mené une centaine de raids aériens, tuant cinquante personnes dans la région voisine de Nabatiyyeh. Depuis Sour, j’ai trouvé un chauffeur. En quinze minutes, à toute vitesse, nous avons traversé plusieurs villages sans croiser un seul être humain. Je n’avais jamais connu ce silence-là : non pas le calme, mais l’effacement brutal de toute présence visible.

dimanche 14 juin 2026

Le pire contexte pour une Coupe du monde: «Et pourtant, elle tourne»

La vingt-troisième édition de la Coupe du monde de football s’ouvrira le 11 juin au Mexique, quatre-vingt-seize ans après la première édition organisée en Uruguay en 1930 — deux éditions, celles de 1942 et de 1946, ayant été annulées en raison de la Seconde Guerre mondiale.

Les trois pays d’Amérique du Nord accueilleront la prochaine compétition, la plus vaste jamais organisée par le nombre de sélections engagées, passé de 32 à 48 équipes nationales, et, par conséquent, par celui des rencontres, désormais porté à 104 contre 64 auparavant. Elle sera également la plus étendue par le nombre de stades appelés à recevoir les matchs dans les villes des États-Unis (11 stades), du Canada (2 stades) et du Mexique (3 stades).

Si la FIFA, la Fédération internationale de football, a prétendu que l’élargissement du nombre de sélections visait à renforcer la représentation des continents et à favoriser la diffusion du sport le plus populaire au monde, il est évident que l’objectif est économique, médiatique et électoral en interne. Cela ne manquera pas d’affecter le niveau de la compétition, compte tenu des écarts considérables de moyens entre plusieurs équipes appelées à s’affronter dès le premier tour.

dimanche 7 juin 2026

Que veut Israël du Liban?

Dans nombre de positions libanaises domine un discours qui occulte l’existence de politiques israéliennes propres à l’égard du Liban et de la région. Il les réduit à de simples réactions, qu’il serait toujours possible d’éviter. Ce discours répond à une thèse inverse, défendue par le Hezbollah, selon laquelle Israël n’aurait jamais besoin de prétexte pour déclencher ses agressions.

L’histoire des guerres israéliennes au Liban montre pourtant la fragilité de ces deux discours. Il n’est pas toujours vrai qu’Israël n’ait besoin d’aucun prétexte pour attaquer. Toute force libanaise responsable devrait donc chercher, autant que possible, à éviter les confrontations militaires. Leurs coûts humains et matériels ont toujours été considérables, d’autant que l’impunité israélienne demeure largement assurée.

Mais l’inverse n’est pas plus exact. Israël n’agit pas seulement en réaction à ses ennemis. Une telle lecture méconnaît les logiques d’un État fondé sur l’occupation, l’expansion coloniale et la « dissuasion » par l’infliction périodique de pertes massives. Il s’agit de maintenir le voisinage dans la crainte, menacé par sa suprématie militaire.