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lundi 22 juin 2026

Les lieux qui nous hantent

Nos lieux ne nous quittent jamais. Nous croyons parfois les avoir laissés derrière nous, déposés dans une strate ancienne de la vie, parmi les habitudes interrompues, les chemins devenus rares, les maisons où l’on ne revient plus qu’en pensée.

Pourtant, ils demeurent. Ils se tiennent en nous, silencieux, jusqu’à ce qu’une lumière, une odeur de pluie, une musique entendue au réveil ou une conversation inattendue les ranime soudain, avec leurs bruits, leur chaleur, leurs repères, mais aussi leurs blessures. Il arrive cependant que la guerre arrache ces retours à la seule intimité du souvenir pour en faire une nécessité physique. On ne veut plus seulement se rappeler. Il faut aller voir. Constater ce qui tient encore, ce qui a disparu, ce que les mots, les images et les récits des autres ne peuvent jamais restituer tout à fait.

Le vendredi 19 juin, je suis allé dans le Sud du Liban, jusqu’à l’entrée du village dont je suis originaire, à quelques kilomètres de la zone occupée et dynamitée par les Israéliens. Le jour même, ceux-ci avaient mené une centaine de raids aériens, tuant cinquante personnes dans la région voisine de Nabatiyyeh. Depuis Sour, j’ai trouvé un chauffeur. En quinze minutes, à toute vitesse, nous avons traversé plusieurs villages sans croiser un seul être humain. Je n’avais jamais connu ce silence-là : non pas le calme, mais l’effacement brutal de toute présence visible.