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lundi 6 avril 2026

Leila Shahid: tenir, transmettre, parler juste, afin que le silence ne gagne pas

Intervention de Ziad Majed à la soirée d'hommage à Leila Shahid à l'Institut du Monde Arabe à Paris, le 31 mars 2026.

Madame la présidente, mesdames, messieurs,

Cher Mohamad, chère Zeina, cher.e.s ami.e.s

Bonsoir, مسا الخير

Leïla Shahid nous rassemble aujourd’hui dans son absence comme elle n’a cessé de le faire de son vivant.

Nous sommes ici pour parler d’elle: de ses combats, de sa tendresse, de sa générosité, de son intransigeance et de son humour aussi. Et nous sommes ici, pour invoquer également la Palestine et la promesse de justice et de retour à laquelle elle a consacré son existence, comme une fidélité vécue, tenue, travaillée jour après jour.

Mais nous nous retrouvons à un moment où la violence contre nos peuples déshumanisés se déchaîne avec une brutalité qui prétend tout emporter: les corps, les villes, les mémoires, les histoires, jusqu’aux rêves d’enfants.

Cette violence génocidaire en Palestine et dévastatrice au Liban veut réduire des vies à des chiffres, puis mettre en doute leur crédibilité, des quartiers où nous avons appris à compter nos pas à des cartes montrées sur un écran de télévision froid, elle veut réduire des destins, des histoires, des bibliothèques à des ruines permanentes.

Parler de Leïla, précisément en ce moment, prend alors une signification particulière. Parce que l’époque travaille à normaliser l’inacceptable, à installer dans les consciences l’idée qu’il serait plus raisonnable de se taire, plus prudent d’arrondir les mots, plus convenable de détourner les yeux.

vendredi 6 mars 2026

Leïla Shahid, une vie de combat et de générosité

 Leïla Shahid a décidé de nous quitter le 18 février 2026. Représentante de la Palestine en Irlande, en France, en Belgique, aux Pays-Bas, au Luxembourg et auprès de l’Union européenne entre 1990 et 2015, elle fut, pendant plus de vingt ans, la figure palestinienne la plus brillante dans les arènes médiatiques et politiques en Europe.

Née à Beyrouth en 1949, d’un père originaire d’Acre et d’une mère de Jérusalem, réfugiés au Liban après la Nakba de 1948, elle rejoignit très tôt le Fatah de Yasser Arafat. De séjour à Paris, elle s’engagea dans l’action politique et culturelle, au moment où le Mossad assassina, en 1973, le représentant de l’Organisation de libération de la Palestine en France, Mahmoud al-Hamshari. Elle se rapprocha alors, avec ses amis Elias Sanbar et Farouk Mardam-Bey, du cercle réuni autour du successeur d’al-Hamshari, Ezzedine al-Qalaq, et noua par la suite des liens durables avec des intellectuels et des écrivains de la gauche arabe et française, jusqu’à l’assassinat d’al-Qalaq par l’organisation d’Abou Nidal en 1978.