Il existe des ouvrages dont la portée excède le contexte immédiat de leur parution et qui, relus à distance, éclairent différemment les enchaînements et les continuités historiques que les évènements contemporains révèlent ou prolongent.
Pour une histoire profane de la Palestine, que Lotfallah Soliman publia en 1989, appartient à cette catégorie de textes qui percent la surface des discours établis, rompent avec «l’évidence» imposée et proposent une lecture plus exigeante des dynamiques politiques et des intérêts coloniaux qui ont façonné le destin palestinien moderne.
À une époque où l’historiographie francophone sur la Palestine demeurait largement prisonnière de registres narratifs pétris de références bibliques et d’exceptionnalisme historique, ou de récits dogmatiques, Soliman entreprit un geste intellectuel délibéré: soustraire la Palestine à la tutelle des mythes, la restituer à la matérialité des décisions humaines et à la grammaire concrète des rapports de force.