jeudi 2 juillet 2026

Donald Trump et le Liban

Le 16 juin dernier, Donald Trump a appelé le président syrien Ahmad al-Charaa à intervenir au Liban contre le Hezbollah. Il a affirmé qu’Israël n’était pas parvenu à en venir à bout, tout en reconnaissant que ses opérations contre les membres du parti « avaient tué de nombreux civils et détruit massivement des habitations ». L’ambassadeur américain en Turquie et envoyé spécial de Washington pour la Syrie, Tom Barrack, avait déjà tenu des propos semblables en 2025, allant plus loin encore lorsqu’il évoqua un retour au « Bilad al-Cham ».

Le 26 juin, le secrétaire d’État américain Marco Rubio a annoncé l’accord-cadre signé par le Liban et Israël, présenté comme l’ouverture d’une voie diplomatique destinée à régler le conflit. Or cet accord, en l’état, ne garantit ni le retrait israélien total, ni le retour de tous les déplacés libanais, ni la reconstruction des dizaines de villages dynamités ou détruits. Il subordonne ces questions au désarmement du Hezbollah, lequel conditionnera à son tour toute discussion à un retrait israélien complet. S’y ajoute une atteinte flagrante au droit international, puisqu’il impose au Liban « l’arrêt de tous les actes hostiles ou négatifs dans les enceintes politiques ou juridiques internationales », contribuant ainsi à préserver l’impunité israélienne, alors même que ses crimes sur le sol libanais sont filmés, documentés et analysés.

Au-delà de la démence politique et du mépris du droit que révèlent ces appels et cet accord, trois éléments majeurs s’en dégagent.

mardi 30 juin 2026

Y a-t-il une alternative à l’accord-cadre entre le Liban et Israël ?

Il est devenu courant au Liban, depuis quelque temps, que des partis ou des personnalités répondent à toute critique d’un accord ou d’un choix politique par la question de l’alternative. Ce qui pourrait, en apparence, sembler légitime se transforme rapidement, dans les contextes politiques du pays, en moyen de se retrancher derrière une configuration propre à une communauté, au motif qu’il n’existerait pas d’alternative au plus puissant en son sein ; derrière un système clientéliste, sous prétexte de réalisme ; ou encore derrière toute proposition ou tout accord présentés comme excluant d’emblée l’existence de ce qui pourrait s’en distinguer.

La signature de l’accord-cadre entre le Liban et Israël a fourni l’occasion d’entendre ce type d’arguments, parallèlement à d’autres discours consistant à défendre l’accord en le présentant comme bon et souverain, avant d’affirmer qu’il est, en tout état de cause, le produit des rapports de force dans un Sud ravagé et occupé — c’est-à-dire, en réalité, qu’il est profondément mauvais.

Au-delà de cette rengaine, il convient de soulever cinq questions relatives à cet accord et de s’arrêter brièvement sur ce qu’elles impliquent.

mardi 23 juin 2026

The Places That Haunt Us

Our places never leave us. At times, we think we have left them behind, laid down in some ancient stratum of life, among interrupted habits, roads we rarely take anymore, houses to which we return only in thought.

And yet, they remain. They dwell silently within us, until a certain light, the smell of rain, a piece of music heard upon waking, or an unexpected conversation suddenly brings them back to life, with their sounds, their warmth, their landmarks, but also their wounds. There are times, however, when war tears these returns away from the intimate realm of memory and turns them into a physical necessity. One no longer wishes merely to remember. One has to go and see. To take measure of what still stands, of what has disappeared, of what words, images, and other people’s accounts can never quite restore.

On Friday 19 June, I travelled to southern Lebanon as far as the entrance to the village where my parents are from. This was just a few kilometres from the area occupied and destroyed by the Israelis. That same day, they had carried out around a hundred air raids, killing fifty people in the neighbouring region of Nabatiyyeh. From Sour, Tyre, I found a driver. In fifteen minutes, at full speed, we crossed several villages without encountering a single human being. I had never known such a silence: not calm, but the brutal erasure of every visible presence.

lundi 22 juin 2026

Les lieux qui nous hantent

Nos lieux ne nous quittent jamais. Nous croyons parfois les avoir laissés derrière nous, déposés dans une strate ancienne de la vie, parmi les habitudes interrompues, les chemins devenus rares, les maisons où l’on ne revient plus qu’en pensée.

Pourtant, ils demeurent. Ils se tiennent en nous, silencieux, jusqu’à ce qu’une lumière, une odeur de pluie, une musique entendue au réveil ou une conversation inattendue les ranime soudain, avec leurs bruits, leur chaleur, leurs repères, mais aussi leurs blessures. Il arrive cependant que la guerre arrache ces retours à la seule intimité du souvenir pour en faire une nécessité physique. On ne veut plus seulement se rappeler. Il faut aller voir. Constater ce qui tient encore, ce qui a disparu, ce que les mots, les images et les récits des autres ne peuvent jamais restituer tout à fait.

Le vendredi 19 juin, je suis allé dans le Sud du Liban, jusqu’à l’entrée du village dont je suis originaire, à quelques kilomètres de la zone occupée et dynamitée par les Israéliens. Le jour même, ceux-ci avaient mené une centaine de raids aériens, tuant cinquante personnes dans la région voisine de Nabatiyyeh. Depuis Sour, j’ai trouvé un chauffeur. En quinze minutes, à toute vitesse, nous avons traversé plusieurs villages sans croiser un seul être humain. Je n’avais jamais connu ce silence-là : non pas le calme, mais l’effacement brutal de toute présence visible.

dimanche 14 juin 2026

Le pire contexte pour une Coupe du monde: «Et pourtant, elle tourne»

La vingt-troisième édition de la Coupe du monde de football s’ouvrira le 11 juin au Mexique, quatre-vingt-seize ans après la première édition organisée en Uruguay en 1930 — deux éditions, celles de 1942 et de 1946, ayant été annulées en raison de la Seconde Guerre mondiale.

Les trois pays d’Amérique du Nord accueilleront la prochaine compétition, la plus vaste jamais organisée par le nombre de sélections engagées, passé de 32 à 48 équipes nationales, et, par conséquent, par celui des rencontres, désormais porté à 104 contre 64 auparavant. Elle sera également la plus étendue par le nombre de stades appelés à recevoir les matchs dans les villes des États-Unis (11 stades), du Canada (2 stades) et du Mexique (3 stades).

Si la FIFA, la Fédération internationale de football, a prétendu que l’élargissement du nombre de sélections visait à renforcer la représentation des continents et à favoriser la diffusion du sport le plus populaire au monde, il est évident que l’objectif est économique, médiatique et électoral en interne. Cela ne manquera pas d’affecter le niveau de la compétition, compte tenu des écarts considérables de moyens entre plusieurs équipes appelées à s’affronter dès le premier tour.

dimanche 7 juin 2026

Que veut Israël du Liban?

Dans nombre de positions libanaises domine un discours qui occulte l’existence de politiques israéliennes propres à l’égard du Liban et de la région. Il les réduit à de simples réactions, qu’il serait toujours possible d’éviter. Ce discours répond à une thèse inverse, défendue par le Hezbollah, selon laquelle Israël n’aurait jamais besoin de prétexte pour déclencher ses agressions.

L’histoire des guerres israéliennes au Liban montre pourtant la fragilité de ces deux discours. Il n’est pas toujours vrai qu’Israël n’ait besoin d’aucun prétexte pour attaquer. Toute force libanaise responsable devrait donc chercher, autant que possible, à éviter les confrontations militaires. Leurs coûts humains et matériels ont toujours été considérables, d’autant que l’impunité israélienne demeure largement assurée.

Mais l’inverse n’est pas plus exact. Israël n’agit pas seulement en réaction à ses ennemis. Une telle lecture méconnaît les logiques d’un État fondé sur l’occupation, l’expansion coloniale et la « dissuasion » par l’infliction périodique de pertes massives. Il s’agit de maintenir le voisinage dans la crainte, menacé par sa suprématie militaire.

lundi 18 mai 2026

Pour une histoire profane de la Palestine

Il existe des ouvrages dont la portée excède le contexte immédiat de leur parution et qui, relus à distance, éclairent différemment les enchaînements et les continuités historiques que les évènements contemporains révèlent ou prolongent.

Pour une histoire profane de la Palestine, que Lotfallah Soliman publia en 1989, appartient à cette catégorie de textes qui percent la surface des discours établis, rompent avec «l’évidence» imposée et proposent une lecture plus exigeante des dynamiques politiques et des intérêts coloniaux qui ont façonné le destin palestinien moderne.

À une époque où l’historiographie francophone sur la Palestine demeurait largement prisonnière de registres narratifs pétris de références bibliques et d’exceptionnalisme historique, ou de récits dogmatiques, Soliman entreprit un geste intellectuel délibéré: soustraire la Palestine à la tutelle des mythes, la restituer à la matérialité des décisions humaines et à la grammaire concrète des rapports de force.

lundi 11 mai 2026

Semer la ruine: L’effacement comme stratégie israélienne

En Palestine — en particulier à Gaza — comme dans le Sud-Liban, la ruine excède largement le registre du dommage matériel. Elle constitue une politique israélienne à part entière qui ordonne l’espace, altère le temps et frappe les vivants à travers leurs lieux de vie. En pulvérisant les maisons, les bibliothèques, les archives, les photographies et les actes de propriété, cette stratégie s’attaque également au souvenir.

Ziad Majed Dans Orient XXI

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mercredi 22 avril 2026

When war in the Middle East is told in the language of those who wage it

Since 7 October 2023, a significant share of French audiovisual media coverage of the Israeli war on Gaza, and subsequently of the war in Lebanon, has revealed an inability to inform accurately, as well as a deeper crisis in the categories through which the Middle East is rendered intelligible.

What has prevailed across a majority of television channels is therefore not merely an editorial political bias, a compassion asymmetry, or a hierarchy of urgencies. It is a genuine reconfiguration of the gaze. The Israeli narrative of the war, together with its military terminology, was adopted and then gradually detached from history, the social sciences, and international law.

From that moment on, the societies targeted by the “Israeli operations” ceased to appear as inhabited worlds, shaped by social relations, memories, institutions, aspirations, and by individual as well as collective experiences. They became spaces of “surgical” intervention, theatres of manoeuvre, maps saturated with objectives and risks. The consequence of such a shift was decisive: by substituting a cold commentary for politics, this coverage did not merely impoverish analysis; it also helped render acceptable extreme forms of violence and criminality.

mercredi 15 avril 2026

Ziad Majed: Since the Second World War, there has never been such a concentration of ruins in one region of the world

The Arab world is going through one of the darkest periods in its history. Lebanon is at war, society is fractured, and the South is threatened by a lasting Israeli occupation. The April 8 massacre — 357 dead and nearly 2,000 wounded — adds to the litany of tragic dates that have marked the country’s chronology from 1975 to the present day. The ceasefire between the United States and Iran, signed on April 8, remains particularly fragile and does not include Lebanon, at least for the time being. The opening of direct negotiations between Tel Aviv and Beirut is deeply dividing society and casting Hezbollah as more threatening than ever. At the regional level, despite the multitude of reports by international organizations and experts accusing Israel of genocide in Gaza and denouncing an apartheid regime, each day seems to carry us a little further away from a just solution in Palestine. As for Syria, although the Assad era is over, the country’s future remains uncertain. While each situation follows its own logic, there nevertheless remains the sense of a “Levantine,” and more broadly Arab, destiny shared in hardship.

A Franco-Lebanese political scientist and researcher, and the author of Le Proche-Orient, Miroir du Monde (La Découverte, 2025), Ziad Majed has lived in France since 2006, where he heads the Middle East Studies Program at the American University of Paris. Together with the intellectual and journalist Samir Kassir — assassinated on June 2, 2005, in an attack widely attributed to the Assad regime — the novelist Elias Khoury, and activists from different generations, he co-founded the Democratic Left Movement in 2004 and took an active part, in 2005, in the Independence Uprising. In L’Orient-Le Jour, he analyzes the roots of the current cataclysm.

Interview by Soulayma Mardam Bey.

Ziad Majed : depuis la Deuxième Guerre mondiale, il n’y a jamais eu autant de ruines concentrées dans une région du monde

Le monde arabe traverse l’une des périodes les plus sombres de son histoire. Le Liban est en guerre, la société fracturée, et le Sud menacé par une occupation israélienne durable. Le massacre du 8 avril – 357 morts et près de 2 000 blessés – s’ajoute à cette litanie de dates tragiques qui jalonnent la chronologie du pays depuis 1975 jusqu’à aujourd’hui. Le cessez-le-feu entre les États-Unis et l’Iran, signé le 8 avril, demeure particulièrement fragile et n’inclut pas, du moins pour l’heure, le Liban. L’ouverture de négociations directes entre Tel-Aviv et Beyrouth divise profondément la société et met en scène un Hezbollah plus menaçant que jamais. À l’échelle régionale, malgré la multitude de rapports d’organisations internationales et d’experts accusant Israël de génocide à Gaza et dénonçant un régime d’apartheid, chaque jour semble nous éloigner un peu plus d’une solution juste en Palestine. Quant à la Syrie, l’ère Assad a beau être achevée, l’avenir du pays reste incertain. Si chaque situation obéit à sa logique propre, persiste néanmoins le sentiment d’un destin «levantin», et plus largement arabe, partagé dans l’épreuve. 

Politologue et chercheur franco-libanais, auteur de Le Proche-Orient, miroir du monde (La Découverte, 2025), Ziad Majed vit en France depuis 2006, où il dirige le programme d’études sur le Moyen-Orient contemporain à l’Université américaine de Paris. Avec l’intellectuel et journaliste Samir Kassir – assassiné le 2 juin 2005 dans un attentat largement attribué au régime Assad –, le romancier Élias Khoury et des militants de différentes générations, il a cofondé en 2004 le Mouvement de la gauche démocratique et participé activement, en 2005, au printemps de l’indépendance. Dans L’Orient-Le Jour, il analyse les racines du cataclysme actuel.

lundi 6 avril 2026

Leila Shahid: tenir, transmettre, parler juste, afin que le silence ne gagne pas

Intervention de Ziad Majed à la soirée d'hommage à Leila Shahid à l'Institut du Monde Arabe à Paris, le 31 mars 2026.

Madame la présidente, mesdames, messieurs,

Cher Mohamad, chère Zeina, cher.e.s ami.e.s

Bonsoir, مسا الخير

Leïla Shahid nous rassemble aujourd’hui dans son absence comme elle n’a cessé de le faire de son vivant.

Nous sommes ici pour parler d’elle: de ses combats, de sa tendresse, de sa générosité, de son intransigeance et de son humour aussi. Et nous sommes ici, pour invoquer également la Palestine et la promesse de justice et de retour à laquelle elle a consacré son existence, comme une fidélité vécue, tenue, travaillée jour après jour.

Mais nous nous retrouvons à un moment où la violence contre nos peuples déshumanisés se déchaîne avec une brutalité qui prétend tout emporter: les corps, les villes, les mémoires, les histoires, jusqu’aux rêves d’enfants.

Cette violence génocidaire en Palestine et dévastatrice au Liban veut réduire des vies à des chiffres, puis mettre en doute leur crédibilité, des quartiers où nous avons appris à compter nos pas à des cartes montrées sur un écran de télévision froid, elle veut réduire des destins, des histoires, des bibliothèques à des ruines permanentes.

Parler de Leïla, précisément en ce moment, prend alors une signification particulière. Parce que l’époque travaille à normaliser l’inacceptable, à installer dans les consciences l’idée qu’il serait plus raisonnable de se taire, plus prudent d’arrondir les mots, plus convenable de détourner les yeux.

mercredi 18 mars 2026

Ziad Majed : “Au Liban, le sentiment d’être exclu du droit international nourrit une colère partagée, malgré les clivages communautaires”

La guerre au Proche-Orient est un nouveau drame au Liban. Elle ravive les fractures au sein de la société et les impasses d’un ordre régional imposé par la force. De retour d’un séjour à Beyrouth, le politologue franco-libanais Ziad Majed, auteur de Proche-Orient, miroir du monde. Comprendre le basculement en cours (La Découverte, 2025) livre son analyse.

Propos recueillis par Frédéric Manzini dans Philosophie Magazine.

vendredi 13 mars 2026

La nouvelle guerre israélienne contre le Liban

Sur la guerre Israélienne contre le Liban, les clivages entre libanais autour de la responsabilité du Hezbollah, et l'impunité de Tel Aviv rendue possible par les complicités occidentales.
 

vendredi 6 mars 2026

Sur la nouvelle guerre en Iran, au Liban et sur le droit international

 L'actualité au Proche-Orient, sur France Info, 
avec Guillaume Ancel, Richart Werly et Ziad Majed.

Leïla Shahid, une vie de combat et de générosité

 Leïla Shahid a décidé de nous quitter le 18 février 2026. Représentante de la Palestine en Irlande, en France, en Belgique, aux Pays-Bas, au Luxembourg et auprès de l’Union européenne entre 1990 et 2015, elle fut, pendant plus de vingt ans, la figure palestinienne la plus brillante dans les arènes médiatiques et politiques en Europe.

Née à Beyrouth en 1949, d’un père originaire d’Acre et d’une mère de Jérusalem, réfugiés au Liban après la Nakba de 1948, elle rejoignit très tôt le Fatah de Yasser Arafat. De séjour à Paris, elle s’engagea dans l’action politique et culturelle, au moment où le Mossad assassina, en 1973, le représentant de l’Organisation de libération de la Palestine en France, Mahmoud al-Hamshari. Elle se rapprocha alors, avec ses amis Elias Sanbar et Farouk Mardam-Bey, du cercle réuni autour du successeur d’al-Hamshari, Ezzedine al-Qalaq, et noua par la suite des liens durables avec des intellectuels et des écrivains de la gauche arabe et française, jusqu’à l’assassinat d’al-Qalaq par l’organisation d’Abou Nidal en 1978.

lundi 16 février 2026

Francesca Albanese et la bassesse des puissants

La rapporteuse des Nations unies sur les droits de l’homme dans les territoires palestiniens occupés, Francesca Albanese, se trouve une fois encore exposée à une campagne politique qui la prend pour cible, à la fois comme personne, comme incarnation d’une éthique juridique, et comme position indépendante, refusant toute transaction au rabais avec le droit international et les exigences qu’il impose s’agissant des Palestiniens et des crimes israéliens perpétrés à leur encontre.

Article publié dans le Club de Mediapart

dimanche 11 janvier 2026

The Iranian Regime at the Crossroads of Internal Revolt and External Threats

For the past two weeks, Iran has been witnessing its broadest popular uprising since the revolt of 2022, which itself had been the largest and most radical since the demonstrations of the Green Movement in 2009.

The current uprising, however, differs markedly from its predecessors—whether in its slogans, its social base, its geographical scope and national implications, or in the manner in which a regime subjected to intense external pressure has responded to it.

Unlike the 2009 uprising, which emerged from the rejection by a largely urban and university-educated generation of electoral fraud in a presidential election they believed could open the door to political change, and unlike the 2022 revolt, which articulated feminist slogans and combined demands for individual freedoms persistently curtailed by the authorities with broader rights-based claims—particularly in regions with Kurdish, Azeri, and Baluchi majorities—the present uprising began with calls by the bazaar (the class of traders rooted in Iran’s historic marketplaces) for a general strike. These calls protested economic deterioration, the collapse of purchasing power, and the devaluation of the national currency. They were subsequently followed by major political mobilizations initiated first by student groups and then by rural popular sectors across most of the country, with the notable exception of areas that had experienced the most extensive protests three years earlier, where demonstrations have so far remained limited, for reasons to be discussed later.