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dimanche 7 juin 2026

Que veut Israël du Liban?

Dans nombre de positions libanaises domine un discours qui occulte l’existence de politiques israéliennes propres à l’égard du Liban et de la région. Il les réduit à de simples réactions, qu’il serait toujours possible d’éviter. Ce discours répond à une thèse inverse, défendue par le Hezbollah, selon laquelle Israël n’aurait jamais besoin de prétexte pour déclencher ses agressions.

L’histoire des guerres israéliennes au Liban montre pourtant la fragilité de ces deux discours. Il n’est pas toujours vrai qu’Israël n’ait besoin d’aucun prétexte pour attaquer. Toute force libanaise responsable devrait donc chercher, autant que possible, à éviter les confrontations militaires. Leurs coûts humains et matériels ont toujours été considérables, d’autant que l’impunité israélienne demeure largement assurée.

Mais l’inverse n’est pas plus exact. Israël n’agit pas seulement en réaction à ses ennemis. Une telle lecture méconnaît les logiques d’un État fondé sur l’occupation, l’expansion coloniale et la « dissuasion » par l’infliction périodique de pertes massives. Il s’agit de maintenir le voisinage dans la crainte, menacé par sa suprématie militaire.

lundi 18 mai 2026

Pour une histoire profane de la Palestine

Il existe des ouvrages dont la portée excède le contexte immédiat de leur parution et qui, relus à distance, éclairent différemment les enchaînements et les continuités historiques que les évènements contemporains révèlent ou prolongent.

Pour une histoire profane de la Palestine, que Lotfallah Soliman publia en 1989, appartient à cette catégorie de textes qui percent la surface des discours établis, rompent avec «l’évidence» imposée et proposent une lecture plus exigeante des dynamiques politiques et des intérêts coloniaux qui ont façonné le destin palestinien moderne.

À une époque où l’historiographie francophone sur la Palestine demeurait largement prisonnière de registres narratifs pétris de références bibliques et d’exceptionnalisme historique, ou de récits dogmatiques, Soliman entreprit un geste intellectuel délibéré: soustraire la Palestine à la tutelle des mythes, la restituer à la matérialité des décisions humaines et à la grammaire concrète des rapports de force.

lundi 11 mai 2026

Semer la ruine: L’effacement comme stratégie israélienne

En Palestine — en particulier à Gaza — comme dans le Sud-Liban, la ruine excède largement le registre du dommage matériel. Elle constitue une politique israélienne à part entière qui ordonne l’espace, altère le temps et frappe les vivants à travers leurs lieux de vie. En pulvérisant les maisons, les bibliothèques, les archives, les photographies et les actes de propriété, cette stratégie s’attaque également au souvenir.

Ziad Majed Dans Orient XXI

Pour lire l'article, vous pouvez cliquer ici.

mercredi 22 avril 2026

When war in the Middle East is told in the language of those who wage it

Since 7 October 2023, a significant share of French audiovisual media coverage of the Israeli war on Gaza, and subsequently of the war in Lebanon, has revealed an inability to inform accurately, as well as a deeper crisis in the categories through which the Middle East is rendered intelligible.

What has prevailed across a majority of television channels is therefore not merely an editorial political bias, a compassion asymmetry, or a hierarchy of urgencies. It is a genuine reconfiguration of the gaze. The Israeli narrative of the war, together with its military terminology, was adopted and then gradually detached from history, the social sciences, and international law.

From that moment on, the societies targeted by the “Israeli operations” ceased to appear as inhabited worlds, shaped by social relations, memories, institutions, aspirations, and by individual as well as collective experiences. They became spaces of “surgical” intervention, theatres of manoeuvre, maps saturated with objectives and risks. The consequence of such a shift was decisive: by substituting a cold commentary for politics, this coverage did not merely impoverish analysis; it also helped render acceptable extreme forms of violence and criminality.

mercredi 15 avril 2026

Ziad Majed: Since the Second World War, there has never been such a concentration of ruins in one region of the world

The Arab world is going through one of the darkest periods in its history. Lebanon is at war, society is fractured, and the South is threatened by a lasting Israeli occupation. The April 8 massacre — 357 dead and nearly 2,000 wounded — adds to the litany of tragic dates that have marked the country’s chronology from 1975 to the present day. The ceasefire between the United States and Iran, signed on April 8, remains particularly fragile and does not include Lebanon, at least for the time being. The opening of direct negotiations between Tel Aviv and Beirut is deeply dividing society and casting Hezbollah as more threatening than ever. At the regional level, despite the multitude of reports by international organizations and experts accusing Israel of genocide in Gaza and denouncing an apartheid regime, each day seems to carry us a little further away from a just solution in Palestine. As for Syria, although the Assad era is over, the country’s future remains uncertain. While each situation follows its own logic, there nevertheless remains the sense of a “Levantine,” and more broadly Arab, destiny shared in hardship.

A Franco-Lebanese political scientist and researcher, and the author of Le Proche-Orient, Miroir du Monde (La Découverte, 2025), Ziad Majed has lived in France since 2006, where he heads the Middle East Studies Program at the American University of Paris. Together with the intellectual and journalist Samir Kassir — assassinated on June 2, 2005, in an attack widely attributed to the Assad regime — the novelist Elias Khoury, and activists from different generations, he co-founded the Democratic Left Movement in 2004 and took an active part, in 2005, in the Independence Uprising. In L’Orient-Le Jour, he analyzes the roots of the current cataclysm.

Interview by Soulayma Mardam Bey.

Ziad Majed : depuis la Deuxième Guerre mondiale, il n’y a jamais eu autant de ruines concentrées dans une région du monde

Le monde arabe traverse l’une des périodes les plus sombres de son histoire. Le Liban est en guerre, la société fracturée, et le Sud menacé par une occupation israélienne durable. Le massacre du 8 avril – 357 morts et près de 2 000 blessés – s’ajoute à cette litanie de dates tragiques qui jalonnent la chronologie du pays depuis 1975 jusqu’à aujourd’hui. Le cessez-le-feu entre les États-Unis et l’Iran, signé le 8 avril, demeure particulièrement fragile et n’inclut pas, du moins pour l’heure, le Liban. L’ouverture de négociations directes entre Tel-Aviv et Beyrouth divise profondément la société et met en scène un Hezbollah plus menaçant que jamais. À l’échelle régionale, malgré la multitude de rapports d’organisations internationales et d’experts accusant Israël de génocide à Gaza et dénonçant un régime d’apartheid, chaque jour semble nous éloigner un peu plus d’une solution juste en Palestine. Quant à la Syrie, l’ère Assad a beau être achevée, l’avenir du pays reste incertain. Si chaque situation obéit à sa logique propre, persiste néanmoins le sentiment d’un destin «levantin», et plus largement arabe, partagé dans l’épreuve. 

Politologue et chercheur franco-libanais, auteur de Le Proche-Orient, miroir du monde (La Découverte, 2025), Ziad Majed vit en France depuis 2006, où il dirige le programme d’études sur le Moyen-Orient contemporain à l’Université américaine de Paris. Avec l’intellectuel et journaliste Samir Kassir – assassiné le 2 juin 2005 dans un attentat largement attribué au régime Assad –, le romancier Élias Khoury et des militants de différentes générations, il a cofondé en 2004 le Mouvement de la gauche démocratique et participé activement, en 2005, au printemps de l’indépendance. Dans L’Orient-Le Jour, il analyse les racines du cataclysme actuel.

vendredi 6 mars 2026

Leïla Shahid, une vie de combat et de générosité

 Leïla Shahid a décidé de nous quitter le 18 février 2026. Représentante de la Palestine en Irlande, en France, en Belgique, aux Pays-Bas, au Luxembourg et auprès de l’Union européenne entre 1990 et 2015, elle fut, pendant plus de vingt ans, la figure palestinienne la plus brillante dans les arènes médiatiques et politiques en Europe.

Née à Beyrouth en 1949, d’un père originaire d’Acre et d’une mère de Jérusalem, réfugiés au Liban après la Nakba de 1948, elle rejoignit très tôt le Fatah de Yasser Arafat. De séjour à Paris, elle s’engagea dans l’action politique et culturelle, au moment où le Mossad assassina, en 1973, le représentant de l’Organisation de libération de la Palestine en France, Mahmoud al-Hamshari. Elle se rapprocha alors, avec ses amis Elias Sanbar et Farouk Mardam-Bey, du cercle réuni autour du successeur d’al-Hamshari, Ezzedine al-Qalaq, et noua par la suite des liens durables avec des intellectuels et des écrivains de la gauche arabe et française, jusqu’à l’assassinat d’al-Qalaq par l’organisation d’Abou Nidal en 1978.

lundi 16 février 2026

Francesca Albanese et la bassesse des puissants

La rapporteuse des Nations unies sur les droits de l’homme dans les territoires palestiniens occupés, Francesca Albanese, se trouve une fois encore exposée à une campagne politique qui la prend pour cible, à la fois comme personne, comme incarnation d’une éthique juridique, et comme position indépendante, refusant toute transaction au rabais avec le droit international et les exigences qu’il impose s’agissant des Palestiniens et des crimes israéliens perpétrés à leur encontre.

Article publié dans le Club de Mediapart

mercredi 15 octobre 2025

Interviews sur le cessez-le-feu à Gaza, le plan Trump et le mépris des droits des palestiniens

«Désarmement du Hamas, administration de l’enclave, pressions extérieures et ambitions régionales» : Pour le chercheur Ziad Majed, l’avenir de l’enclave palestinienne reste incertain malgré la signature de l’accord - Libération, 10 octobre 2025.

Ziad Majed : “Le plan Trump entend dépolitiser le conflit israélo-palestinien”. Tandis que des otages et détenus ont été et que l’aide humanitaire est attendue à Gaza, le futur des institutions politiques de la Palestine est plus flou que jamais. Explications avec le politologue Ziad Majed, auteur de Proche-Orient, miroir du monde. Comprendre le basculement en cours (La Découverte, 2025) - Philosophie Magazine, 14 octobre 2025.

lundi 6 octobre 2025

Gaza et le plan de Donald Trump

Amélie Férey, Michel Tobmann, Dominique Moïsi et Ziad Majed sur le Plan Trump-Blair pour Gaza, l'Etat Palestinien, le droit international et "Le Proche-Orient, Miroir du monde", dans l'émission "L'Esprit Public" d'Astrid de Villaines sur France Culture.

vendredi 4 avril 2025

Barbarie dans la civilisation

«La Palestine est devenue une cause universelle, parce que l’injustice faite à son peuple depuis 1948, redoublée depuis 1967, prolonge au cœur de notre présent l’injustice des colonisations occidentales qui ont fait la richesse, la puissance et la domination de l’Europe sur le monde. Le ressort du colonialisme est la supériorité, donc l’inégalité et, par conséquent, la négation des principes universels que les démocraties occidentales prétendent avoir proclamés… Cet engrenage est fatal, générant une barbarie qui ensauvage la civilisation».

C’est ainsi qu’Edwy Plenel présente sa blessure palestinienne dans son nouvel ouvrage, dédié à Leila Shahid et Elias Sanbar, paru en février 2025 aux éditions La Découverte.

Une cartographie de l'effacement

Dans un ouvrage publié fin 2024, Philippe Rekacewicz, géographe et cartographe, et Dominique Vidal, historien et journaliste, proposent une analyse singulière des mutations territoriales en Palestine jusqu’en 2022.

Intitulé Palestine-Israël: une histoire visuelle, cet ouvrage retrace l’évolution des représentations cartographiques de la région, depuis l’émergence du projet sioniste à la fin du XIXᵉ siècle jusqu’à l’expansionnisme israélien contemporain. À travers un corpus de cartes inédites et d’archives rares, les auteurs dévoilent les strates d’un «conflit» où chaque tracé territorial a eu son impact politique.

dimanche 5 janvier 2025

Syrie, Liban et Palestine en 2024 : La chute d’un génocidaire, un cessez-le-feu fragile et l’horreur d’un génocide persistant

Il est rare que des événements d’une seule année s’entrechoquent avec une intensité aussi spectaculaire que celle observée à la fin de 2024.

En l’espace de dix jours, le régime d’Assad en Syrie a vacillé, s’est effondré, et son président s’est enfui, laissant derrière lui un héritage sinistre : des fosses communes, un archipel de prisons et de camps de détention et des mercenaires disposés à prêter allégeance au plus offrant.

Ce bouleversement a été précédé par un cessez-le-feu fragile au Liban, à la suite d'une guerre israélienne féroce, qui a causé des destructions massives et l’anéantissement de milliers de vies humaines. Parallèlement, le génocide à Gaza s’est poursuivi et se poursuit toujours, renforcé de complicités ou de dénonciations vaines, même si des mécanismes naissants de justice internationale commencent à cibler le gouvernement de Benjamin Netanyahou.

mercredi 1 janvier 2025

Le point sur la situation au Proche Orient le 31 décembre 2024

"Une année d'escalade dans la violence avec des conflits qui n'en finissent pas. Comment cette situation a rebattu les cartes dans la région? Décryptage avec Ziad Majed, politologue, spécialiste du Proche Orient", sur TV5 Monde.