Interview de Ziad Majed dans Mediapart, suite à l'attaque israélienne contre la banlieue sud de Beyrouth, qui a tué le secrétaire général du Hezbollah ainsi que des dizaines de civils libanais.
Propos recueillis par Ilies Ramdani.
Que
vous inspire l’assassinat de Hassan Nasrallah ?
Il
n'y a aucune ligne rouge pour les Israéliens. Ils peuvent tuer qui ils veulent,
frapper là où ils veulent. La question dépasse le cadre de la figure de Hassan
Nasrallah. Il y a un État qui franchit toutes les limites et les frontières
pour assassiner, bombarder, avec souvent de la complicité dans le monde
occidental.
J’ai
toujours été opposé, comme beaucoup de Libanais, au Hezbollah pour des raisons
politiques, culturelles et idéologiques, et au cours de la dernière décennie
pour son engagement militaire en Syrie, à la demande de Téhéran, en soutien au
régime criminel de Bachar El-Assad. Le parti est également accusé d’assassinats
au Liban.
Cependant,
il jouit d'une légitimité populaire au sein de la communauté chiite,
traumatisée par les invasions israéliennes successives du Liban depuis 1978
(cinq ans avant la fondation du parti) et par une longue histoire d'occupation
militaire du sud (qui a duré 22 ans), puis d'une guerre en 2006. Ce qui fait
que le Hezbollah siège depuis 1992 au Parlement, dirige des conseils municipaux
élus, tient des ministères et gère ses propres institutions sociétales.
L'assassinat
vendredi de son secrétaire général Nasrallah, mené par des responsables
israéliens accusés eux-mêmes, par le procureur de la Cour pénale internationale
et par des dizaines d'organisations de défense des droits humains, de crimes
contre l'humanité, arrive comme une nouvelle preuve d'un «exceptionnalisme»
plaçant Israël au-dessus du droit international. D’autant plus que le raid
aérien a ravagé tout un quartier résidentiel de la banlieue de la capitale
libanaise, laissant des dizaines de civils sous les décombres. Six bâtiments de
plusieurs étages ont disparu tellement les bombes étaient puissantes.
Il
y a donc chez une grande partie des Libanais une colère, semblable à celle des
Palestiniens qui subissent depuis des décennies l’occupation, la colonisation
et désormais une guerre génocidaire à Gaza, sous le regard passif de la «communauté internationale».