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lundi 10 août 2026

Liban, Une autre stratégie pour sortir de l’impasse

En cette fin de juillet 2026, le Liban demeure pris entre deux orientations antagonistes. La première prolonge la stratégie militaire du Hezbollah, étroitement liée aux priorités régionales de l’Iran et conduite en dehors des institutions de l’État. La seconde mise sur l’administration américaine pour obtenir le retrait de l’armée israélienne des zones qu’elle occupe dans le sud du pays et engager la reconstruction.

Cette polarisation appauvrit le débat national en érigeant l’arsenal du Hezbollah et la supériorité israélienne en réalités indépassables. Les choix se trouvent ainsi réduits à deux formes de subordination: l’alignement sur les décisions iraniennes ou le recours à une médiation américaine dont les priorités coïncident largement avec celles de Tel-Aviv.

jeudi 2 juillet 2026

Donald Trump et le Liban

Le 16 juin dernier, Donald Trump a appelé le président syrien Ahmad al-Charaa à intervenir au Liban contre le Hezbollah. Il a affirmé qu’Israël n’était pas parvenu à en venir à bout, tout en reconnaissant que ses opérations contre les membres du parti « avaient tué de nombreux civils et détruit massivement des habitations ». L’ambassadeur américain en Turquie et envoyé spécial de Washington pour la Syrie, Tom Barrack, avait déjà tenu des propos semblables en 2025, allant plus loin encore lorsqu’il évoqua un retour au « Bilad al-Cham ».

Le 26 juin, le secrétaire d’État américain Marco Rubio a annoncé l’accord-cadre signé par le Liban et Israël, présenté comme l’ouverture d’une voie diplomatique destinée à régler le conflit. Or cet accord, en l’état, ne garantit ni le retrait israélien total, ni le retour de tous les déplacés libanais, ni la reconstruction des dizaines de villages dynamités ou détruits. Il subordonne ces questions au désarmement du Hezbollah, lequel conditionnera à son tour toute discussion à un retrait israélien complet. S’y ajoute une atteinte flagrante au droit international, puisqu’il impose au Liban « l’arrêt de tous les actes hostiles ou négatifs dans les enceintes politiques ou juridiques internationales », contribuant ainsi à préserver l’impunité israélienne, alors même que ses crimes sur le sol libanais sont filmés, documentés et analysés.

Au-delà de la démence politique et du mépris du droit que révèlent ces appels et cet accord, trois éléments majeurs s’en dégagent.

mardi 30 juin 2026

Y a-t-il une alternative à l’accord-cadre entre le Liban et Israël ?

Il est devenu courant au Liban, depuis quelque temps, que des partis ou des personnalités répondent à toute critique d’un accord ou d’un choix politique par la question de l’alternative. Ce qui pourrait, en apparence, sembler légitime se transforme rapidement, dans les contextes politiques du pays, en moyen de se retrancher derrière une configuration propre à une communauté, au motif qu’il n’existerait pas d’alternative au plus puissant en son sein ; derrière un système clientéliste, sous prétexte de réalisme ; ou encore derrière toute proposition ou tout accord présentés comme excluant d’emblée l’existence de ce qui pourrait s’en distinguer.

La signature de l’accord-cadre entre le Liban et Israël a fourni l’occasion d’entendre ce type d’arguments, parallèlement à d’autres discours consistant à défendre l’accord en le présentant comme bon et souverain, avant d’affirmer qu’il est, en tout état de cause, le produit des rapports de force dans un Sud ravagé et occupé — c’est-à-dire, en réalité, qu’il est profondément mauvais.

Au-delà de cette rengaine, il convient de soulever cinq questions relatives à cet accord et de s’arrêter brièvement sur ce qu’elles impliquent.

dimanche 7 juin 2026

Que veut Israël du Liban?

Dans nombre de positions libanaises domine un discours qui occulte l’existence de politiques israéliennes propres à l’égard du Liban et de la région. Il les réduit à de simples réactions, qu’il serait toujours possible d’éviter. Ce discours répond à une thèse inverse, défendue par le Hezbollah, selon laquelle Israël n’aurait jamais besoin de prétexte pour déclencher ses agressions.

L’histoire des guerres israéliennes au Liban montre pourtant la fragilité de ces deux discours. Il n’est pas toujours vrai qu’Israël n’ait besoin d’aucun prétexte pour attaquer. Toute force libanaise responsable devrait donc chercher, autant que possible, à éviter les confrontations militaires. Leurs coûts humains et matériels ont toujours été considérables, d’autant que l’impunité israélienne demeure largement assurée.

Mais l’inverse n’est pas plus exact. Israël n’agit pas seulement en réaction à ses ennemis. Une telle lecture méconnaît les logiques d’un État fondé sur l’occupation, l’expansion coloniale et la « dissuasion » par l’infliction périodique de pertes massives. Il s’agit de maintenir le voisinage dans la crainte, menacé par sa suprématie militaire.

mercredi 18 mars 2026

Ziad Majed : “Au Liban, le sentiment d’être exclu du droit international nourrit une colère partagée, malgré les clivages communautaires”

La guerre au Proche-Orient est un nouveau drame au Liban. Elle ravive les fractures au sein de la société et les impasses d’un ordre régional imposé par la force. De retour d’un séjour à Beyrouth, le politologue franco-libanais Ziad Majed, auteur de Proche-Orient, miroir du monde. Comprendre le basculement en cours (La Découverte, 2025) livre son analyse.

Propos recueillis par Frédéric Manzini dans Philosophie Magazine.

vendredi 13 mars 2026

La nouvelle guerre israélienne contre le Liban

Sur la guerre Israélienne contre le Liban, les clivages entre libanais autour de la responsabilité du Hezbollah, et l'impunité de Tel Aviv rendue possible par les complicités occidentales.
 

dimanche 5 janvier 2025

Syrie, Liban et Palestine en 2024 : La chute d’un génocidaire, un cessez-le-feu fragile et l’horreur d’un génocide persistant

Il est rare que des événements d’une seule année s’entrechoquent avec une intensité aussi spectaculaire que celle observée à la fin de 2024.

En l’espace de dix jours, le régime d’Assad en Syrie a vacillé, s’est effondré, et son président s’est enfui, laissant derrière lui un héritage sinistre : des fosses communes, un archipel de prisons et de camps de détention et des mercenaires disposés à prêter allégeance au plus offrant.

Ce bouleversement a été précédé par un cessez-le-feu fragile au Liban, à la suite d'une guerre israélienne féroce, qui a causé des destructions massives et l’anéantissement de milliers de vies humaines. Parallèlement, le génocide à Gaza s’est poursuivi et se poursuit toujours, renforcé de complicités ou de dénonciations vaines, même si des mécanismes naissants de justice internationale commencent à cibler le gouvernement de Benjamin Netanyahou.

jeudi 3 octobre 2024

La guerre régionale?

La frappe iranienne, la guerre israélienne au Liban et à Gaza et la régionalisation du conflit, 

avec Mariam Pirzadeh, Carole André-Dessornes et Ziad Majed

sur Public Sénat

lundi 30 septembre 2024

The assassination of Nasrallah and Israeli impunity

 Interview with Ziad Majed[1] in Mediapart, following the Israeli attack on the southern suburbs of Beirut, which killed the Secretary General of Hezbollah and dozens of Lebanese civilians.

Interview by Ilies Ramdani.

Mediapart: What do you think about the assassination of Hassan Nasrallah?

Ziad Majed: There are no red lines for the Israelis. They can kill whoever they want and strike wherever they want. The problem goes beyond the figure of Hassan Nasrallah. There is a state that crosses all boundaries and borders to murder and bomb, often with the complicity of the Western world.

Like many Lebanese, I have always been opposed to Hezbollah for political, cultural and ideological reasons, and over the past decade for its military involvement in Syria at the request of Tehran in support of the criminal regime of Bashar El-Assad. The party has also been accused of carrying out assassinations in Lebanon.

However, it enjoys popular legitimacy within the Shia community, which has been traumatized by successive Israeli invasions of Lebanon since 1978 (five years before the party was founded) and a long history of military occupation of the south (which lasted 22 years), followed by a war in 2006. As a result, Hezbollah has had a seat in parliament since 1992, runs elected municipal councils, holds ministries and runs its own social services.

The assassination on Friday of its secretary-general, Nasrallah, carried out by Israeli officials who have themselves been accused of crimes against humanity by the prosecutor of the International Criminal Court and dozens of human rights organizations, is further proof of the 'exceptionalism' that places Israel above international law. All the more so as the air raid devastated an entire residential area on the outskirts of the Lebanese capital, leaving dozens of civilians trapped under the rubble. Six multi-storey buildings disappeared because of the power of the bombs.

So a large proportion of the Lebanese people are angry, like the Palestinians who have suffered decades of occupation, colonization and now a genocidal war in Gaza under the passive gaze of the 'international community'.

L'assassinat de Nasrallah et l'impunité israélienne

Interview de Ziad Majed dans Mediapart, suite à l'attaque israélienne contre la banlieue sud de Beyrouth, qui a tué le secrétaire général du Hezbollah ainsi que des dizaines de civils libanais.

Propos recueillis par Ilies Ramdani.

Que vous inspire l’assassinat de Hassan Nasrallah ?

Il n'y a aucune ligne rouge pour les Israéliens. Ils peuvent tuer qui ils veulent, frapper là où ils veulent. La question dépasse le cadre de la figure de Hassan Nasrallah. Il y a un État qui franchit toutes les limites et les frontières pour assassiner, bombarder, avec souvent de la complicité dans le monde occidental.

J’ai toujours été opposé, comme beaucoup de Libanais, au Hezbollah pour des raisons politiques, culturelles et idéologiques, et au cours de la dernière décennie pour son engagement militaire en Syrie, à la demande de Téhéran, en soutien au régime criminel de Bachar El-Assad. Le parti est également accusé d’assassinats au Liban.

Cependant, il jouit d'une légitimité populaire au sein de la communauté chiite, traumatisée par les invasions israéliennes successives du Liban depuis 1978 (cinq ans avant la fondation du parti) et par une longue histoire d'occupation militaire du sud (qui a duré 22 ans), puis d'une guerre en 2006. Ce qui fait que le Hezbollah siège depuis 1992 au Parlement, dirige des conseils municipaux élus, tient des ministères et gère ses propres institutions sociétales.

L'assassinat vendredi de son secrétaire général Nasrallah, mené par des responsables israéliens accusés eux-mêmes, par le procureur de la Cour pénale internationale et par des dizaines d'organisations de défense des droits humains, de crimes contre l'humanité, arrive comme une nouvelle preuve d'un «exceptionnalisme» plaçant Israël au-dessus du droit international. D’autant plus que le raid aérien a ravagé tout un quartier résidentiel de la banlieue de la capitale libanaise, laissant des dizaines de civils sous les décombres. Six bâtiments de plusieurs étages ont disparu tellement les bombes étaient puissantes.

Il y a donc chez une grande partie des Libanais une colère, semblable à celle des Palestiniens qui subissent depuis des décennies l’occupation, la colonisation et désormais une guerre génocidaire à Gaza, sous le regard passif de la «communauté internationale».

mercredi 17 avril 2024

Iran–Israël: Une escalade en forme de poker menteur

L’attaque de l’Iran contre Israël dans la nuit du 13 au 14 avril est venue en réponse au bombardement de son consulat à Damas le 1er avril qui a fait 16 morts, dont des officiers des Gardiens de la révolution. Cette opération soulève plusieurs questions sur la stratégie de Téhéran et de ses alliés dans la région, mais aussi de la Jordanie, ainsi que sur le degré d’autonomie d’Israël par rapport au parapluie américain.

samedi 21 mai 2022

What do the May 2022 legislative elections in Lebanon reveal?

On Sunday May 15, 2022, Lebanon witnessed the first election - in this case legislative - since the popular uprising of 2019, the economic collapse and the devastating explosion of the port of Beirut, followed by the departure of tens of thousands of young graduates from the country. Four million Lebanese were called to the polls to elect a new Parliament.

The results of this election offer several lessons on the new political power relations and the extent of the crisis that the state and society are going through.

vendredi 13 mai 2022

Au Liban, des législatives en plein marasme

Les élections législatives ont lieu dimanche 15 mai au Liban. Le pays est plongé dans une grave crise économique et financière. Les élites politiques, accusées de corruption, sont décrédibilisées. Mais ce scrutin offre peu d’espoir. Reportage et analyse, avec Nada Maucourant Atallah et Ziad Majed (émission animée par Christophe Guigneau de Médiapart).


mardi 21 décembre 2021

Lebanon: How did we get here?

This is the question that many people are still asking, devastated by the economic collapse and political decadence that are engulfing Lebanon in the abyss. 

The following text is a synthetic answer to the question, built around five reasons.